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Balotelli doit-il aller à l’Euro 2012 ?

Les journaux italiens n’ont pas suivi le fameux conseil de ne pas mettre tous ses œufs dans le même  panier. Depuis ce matin, ils n’ont qu’un mot à la bouche, ou plutôt deux : Mario Balotelli. Pour ceux qui ne s’intéressent pas à ce sujet, autant rester couchés. Plus grand talent italien en circulation pour les uns, plus grand taré du moment pour les autres, un peu des deux pour beaucoup, Balotelli ne laisse personne indifférent. Encore expulsé à Arsenal dimanche et ce, à deux mois du début de l’Euro 2012,  l’attaquant de City aime se mettre en danger. Car Cesare Prandelli va bien être obligé de trancher. Il ne peut plus reculer et remettre le dossier « SuperMario » à plus tard. Pour ce qui sera, sans doute, la décision la plus controversée de son mandat : doit-il emmener l’homme sans tête mais aux pieds magiques ?

Balotelli côté Ange

Balotelli a du talent et il le sait. Il en joue, il provoque et aime qu’on lui dise qu’il est un super footballeur. Son besoin de reconnaissance est immense et c’est aussi ce qui fait sa force. Il tire de ce besoin, son envie immuable battre les records et progresser dans la hiérarchie individuelle. Marquer un but n’est jamais suffisant. Pourquoi un et pas deux ? Et pourquoi pas trois ? Quand il arrive avec les professionnels de l’Inter ou à Manchester City, le parcours est le même : jouer titulaire, puis marquer des buts, puis se rendre indispensable, puis être l’homme à tout faire en revendiquant le droit de tirer pénalties et coups-francs. Parti de très bas dans son enfance, il veut arriver au plus haut. Oui, Balotelli est un boulimique de vengeance sociale et sportive.

Balotelli a du talent et il le prouve. Il est actuellement le deuxième meilleur buteur de Manchester City avec 13 réalisations (en 22 matchs), derrière Agüero (17 buts en 28 matchs). SuperMario est un attaquant, pas un avant-centre. Il est le parfait symbole de la transformation du rôle d’attaquant ces dernières années. Il doit et sait tout faire : marquer des buts, être passeur décisif, déborder sur le côté, centrer, rentrer sur son bon pied et frapper de l’extérieur de la surface, tirer les coups-francs, jouer dos au but et prendre la profondeur, etc.

Balotelli a du talent et tout lui semble facile. Peut-être trop facile justement. Il a le caractère pour émettre le souhait d’être le plus grand, mais pas le caractère pour se donner tous les moyens d’y parvenir. C’est parfois le problème des joueurs très talentueux qui pensent que leur talent suffit et que l’entraînement n’est qu’un accessoire redondant. Techniquement très à l’aise – pied droit et pied gauche – Balotelli peut faire la différence sur un pas ou en vitesse. Imposant sur le terrain, il n’en est pas moins rapide et sa première accélération est redoutée et redoutable. Sa puissante frappe de balle également.

Balotelli côté Démon

Comment expliquer ses pétages de plomb à répétition et sa vie privée agitée ? À l’ère du storytelling, certains s’en donnent à cœur joie en évoquant l’enfance compliquée de Mario Balotelli. Il a certes, par la suite, vécu dans une famille aisée mais son problème d’identité, les moqueries liées à sa couleur de peau, etc sont des faits réels et indiscutables. Mais cela n’explique pas tout. Certains ont vécu dans la misère et dans la rue, élevés par un membre de la famille ou un des deux parents, d’autres n’ont pas mangé tous les jours à leur faim, ont été adoptés, tous ne sont pas coupables pour autant de gestes aussi fous sur un terrain. Et en dehors également.

N’en déplaise à son pizzaiolo d’agent, Mino Raiola, il n’y a pas de complot particulier en Angleterre contre son protégé. S’il finit aussi souvent à la Une des tabloïds, c’est qu’il y a une raison. Ou des raisons : body-body avec une pornstar, incendie de sa maison, accidents de voiture à la pelle, sorties nocturnes avant les matchs, jets de fléchettes sur les adolescents du centre de formation… Un joueur de foot n’a pas besoin de rester cloîtré chez lui pour ne pas apparaître dans les canards à scandale. Mais il faut admettre que Balotelli se donne du mal pour se faire épingler.

Depuis que certains magazines et sites érigent en héros les bad boys actuels (ou d’il y a 30 ans), la cote de sympathie de Balotelli est au plus haut. Comme s’il fallait toujours être dans l’excès, ou faire preuve d’une profonde idiotie, pour se démarquer de la grisaille ambiante du football, où tout est contrôlé et maîtrisé, où la langue de bois est un sport national et où la majorité des footeux enfilent les banalités au micro comme les subwoofers dans leurs bagnoles tunées.

Sur le terrain, Balotelli n’est pas qu’un bon footballeur, il est aussi … le Mario Balotelli de la vraie vie : coups de sang, fautes grossières, prises de tête avec des coéquipiers, etc. Du coup, ses performances sont reléguées au second plan. Il a marqué 13 buts cette saison (8ème meilleur buteur d’EPL) mais a pris 6 cartons jaunes et 2 cartons rouges. Et de quoi a-t-on le plus parlé ? De ses dérapages bien sûr. Mais la faute à qui ? Qui pète un plomb ? Qui met en danger son équipe ? Là encore, certains parlent d’un acharnement médiatique pour protéger Balotelli. Mais à force de le protéger, le fait-on grandir ? Le fait-on prendre conscience de ce qu’il fait ? Ne faut-il pas changer de stratégie ?

Hara-kiri en vue de l’Euro 2012 ?

Avant le match Arsenal-City, la question de la présence de Balotelli à l’Euro 2012 se posait déjà. Soyons clairs, la très grande majorité des journalistes italiens espère que SuperMario sera appelé par Prandelli. Beaucoup ne retiennent que son talent brut et font l’impasse sur tous ses pétages de plomb. Sur Twitter, je parle de ce sujet avec beaucoup d’italiens. « Ne t’inquiète pas, il se tiendra bien à l’Euro 2012 », « Cassano a été le meilleur italien en 2004 au Portugal et pourtant il était loin d’être calme », « la Nazionale n’a pas de genre plus talentueux en attaque » me dit-on. Et tous ces arguments sont valables. Mais j’y apporte des contre-exemples : en 2004, toujours, un autre joueur dont la propension à péter les plombs est souvent très haute a craqué. C’est Francesco Totti et son crachat sur Poulsen a handicapé la Nazionale. En 2006, autre romain perturbé, De Rossi. Son coup de coude sur McBride l’a écarté jusqu’en finale. Balotelli est le plus talentueux ? Mais la Nazionale a t-elle besoin d’un soliste surdoué ou d’un excellent attaquant capable de jouer dans le collectif de Prandelli ?

L’Euro est un tournoi court. Six matchs au maximum. Une suspension importante (3/4 matchs) et c’est le sélectionneur qui paie les pots cassés et a une possibilité en moins. Et même s’il s’est toujours bien tenu lors des rassemblements avec la Nazionale, qui dit que cela va durer ? Et s’il mettait le feu dans le groupe ?

Autre problème que pourrait rencontrer Prandelli. La presse anglaise parle ce matin d’une possible sanction de neuf matchs pour Balotelli. Ce qui signifierait que sa saison est terminée. Si certains journalistes italiens expliquent qu’il est risqué de prendre Cassano et Rossi qui n’auront qu’un mois et demi de compétition dans les jambes, n’est-ce pas un risque de prendre quelqu’un qui n’aurait plus joué depuis début avril ? Et quand bien même la sanction serait plus légère (3/4 matchs), l’analyse est toujours valable puisque Mancini se pose réellement la question de donner une éventuelle dernière chance à SuperMario.

Le délicat choix de Prandelli

Le sélectionneur de la Nazionale a vraiment le choix. Prendre ou ne pas prendre Balotelli. Mais comme le métier de sélectionneur national est ingrat, si l’Italie ne fait pas une bonne performance à l’Euro 2012, Prandelli sera critiqué. D’avoir pris Balotelli (s’il n’est pas décisif), comme de l’avoir oublié si l’attaque est aussi dévastatrice que lors de l’Euro 2008.

Suite au carton rouge de l’attaquant de City dimanche, Prandelli a parlé de son code éthique. Ce code mis en place à son arrivée et qui sanctionne les comportements non réglementaires des footballeurs appelés à jouer avec le maillot bleu de la Nazionale. De Rossi, Osvaldo et Balotelli lui-même ont déjà fait face à une exclusion temporaire pour des problèmes de discipline. Et il serait indécent de voir le sélectionneur national s’asseoir sur son code éthique (« pour moi son carton rouge me semble être une faute dans le jeu » a t-il déjà déclaré) pour emmener Balotelli à l’Euro. Jusque là, cela ne lui a posé aucun problème de se passer d’un joueur important pour un match car il avait été coupable d’un mauvais geste. Et si le geste amenant l’expulsion de Balotelli n’est pas un problème de discipline, son énorme semelle sur Alexandre Song l’est. Et il ne faudrait pas simplement sélectionner les images qui arrangent le soi-disant intérêt national (emmener Balotelli à l’Euro), s’il est vraiment si indispensable – ce dont je doute -,  et oublier que Balotelli a passé son match à essayer de se faire un adversaire. Et cela pourrait lui coûter très cher, au sens propre, comme au sens figuré…

Article rédigé pour wearefootball.fr



4 commentaires

  1. Yann wrote:

    J’aime bien la formulation « boulimique de vengeance sociale et sportive ».

    Il aurait pu faire autre chose Dimanche, c’est vrai. Mais je trouve que Mancini joue avec le feu en le faisant jouer milieu gauche dans une équipe qui n’a fait que défendre.

    Évidemment, il va être incroyablement maladroit en défendant, évidemment s’il est contrarié, il va mettre des tampons, encore plus s’il perd ses duels et que son équipe perd tout court..

    Alors oui, Balotelli ne sait pas gérer ses nerfs, rien n’excuse ses semelles, ni son carton rouge mais quand même Mancini, (qui soit dit en passant a dépensé des centaines de millions pour bâtir une équipe où Silva est le seul joueur de côté de niveau international) n’a pas été très malin non plus.

    Pour Prandelli, façon, c’est quasiment perdu d’avance. S’il prend Balotelli et qu’il fait le con, ça sera sa faute. S’il ne le prend pas et que l’Italie n’est pas Championne d’Europe, ça sera sa faute aussi…

  2. Johann wrote:

    Puisque l’on présente Balotelli comme un crack, un très grand joueur, il devrait accepter de jouer partout. Rooney a joué milieu defénsif, Giggs a dépanné arrière gauche, Chiellini aussi, etc.

    Je comprends ce que tu veux dire sur Mancini, et je partage aussi quelque part ton opinion, mais c’est trop facile de l’excuser en parlant de poste.

    • Malik wrote:

      Baotelli est un joueur qui doit faire partie de la squadra. Et la squadra doit assumer ses « preggi e difetti ». Ses talents et ses excès. La France s’est privée de Cantona en 1996 et c’était bien dommage pour le football et l’événement.

  3. Balotelli est un joueur exceptionnel mais, malheureusement pour lui, son caractère l’empêchera d’avoir la carrière qu’il mérite. Ou alors que tardivement.

    Il est jeune, il me fait penser à Cassano à ses débuts. Je crains qu’il n’arrive que tardivement à maturité comme le Milanais.

    En attendant, et pour en revenir à l’Euro, je pense que Prandelli doit se passer de ses services. Balotelli risque de causer plus de tort à l’Italie que de lui faire du bien.

    Sur un plan médiatique, il sera attendu par toute la presse internationale (et surtout les médias anglais qui en feront leur tête de turc). Toutes ses frasques sur et en-dehors du terrain seront analysées. De ce fait, sa présence n’aidera pas ses coéquipiers dans leur préparation.

    Dans le jeu, faire de Balotelli un titulaire, c’est prendre le risque de terminer une rencontre à dix. En championnat, c’est moins problématique car la route vers le titre est longue. Mais à l’Euro, et avec un le système à élimination directe, avoir Balotelli c’est se mettre une épine dans le pied d’entrée de jeu même s’il est performant balle au pied.

    En conclusion, oui pour Balotelli en sélection italienne mais pas tout de suite. Laissons-le d’abord grandir et reparlons-en dans quelques années.

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