[REPORTAGE] Auxerre, une formation à réinventer et un blason à redorer

C’est une belle endormie dont on attend aujourd’hui le réveil. Passée de la Ligue des champions à la survie en Ligue 2 en un peu plus de six ans, l’Association de la Jeunesse Auxerroise tente aujourd’hui le rebond. Les matches de légende sont certes bien loin. Les victoires historiques contre l’Ajax, les Rangers ou Arsenal, les scènes de joie dans la fontaine de Cadet Rousselle et les accueils chaleureux à l’aérodrome de Branches sont dans les mémoires collectives des supporters ajaïstes et témoignent d’un passé glorieux. Mais tout passé a d’abord été un espoir, une flamme, des sacrifices. C’est aujourd’hui, ce que promet la nouvelle direction de l’AJ Auxerre : du travail et de l’enthousiasme. Avec pour objectif, sur un projet à court et long terme, de retrouver l’élite et renouer avec sa réputation d’une équipe d’irréductibles icaunais bien difficile à déloger.

S’appuyer sur les vieilles recettes, les dépoussiérer et leur apporter une touche de modernité. C’est par ces mots que l’on pourrait résumer la stratégie de l’AJ Auxerre pour les années à venir. Afin de comprendre le projet du club, Goal s’est rendu au Stade de l’Abbé Deschamps la semaine dernière et a rencontré les principaux acteurs de cette stratégie, consistant à court terme à retrouver l’élite, et à long terme à retrouver un centre de formation viable, compétitif et premier fournisseur de forces vives pour les prochaines saisons.

DEUX SAISONS POUR REMONTER EN L1 ET REDORER LE BLASON DU CLUB

« La Champions League, je l’ai dit aux joueurs, c’était dans cette décennie, ce n’est pas si vieux. » Cette phrase signée du nouveau président de l’AJ Auxerre, Francis Graille, témoigne de la chute brutale qu’a connue le club. Adversaire du Real, de l’Ajax et de l’AC Milan, le club est passé des joutes européennes lors de la saison 2010-2011 à la peur de se retrouver en National l’année dernière. Alors, les nouveaux dirigeants ont décidé de tout changer pour repartir sur un nouveau projet. « On part vraiment de très bas, confirme le bras droit de James Zhou, le propriétaire chinois ayant racheté l’AJA en octobre 2016. Il y avait 4 titulaires sous contrat à la fin de la saison dernière, on a recruté 12 joueurs. On est dans la reconstruction. »

Pour réaliser cette tâche en un mois et demi, les dirigeants ont pu compter sous le soutien de James Zhou, via sa société ORG packaging. Le repreneur asiatique a décidé de ne pas renouveler la cure d’amincissement de l’ancien propriétaire où la réduction des coûts était devenue un leitmotiv, avec des conséquences catastrophiques sur le bilan sportif du club. Proche d’être relégué en fin de saison, le club a vu sa réserve descendre en Nationale 3 (ex-CFA 2) et son environnement se déliter dans une ambiance pesante où le passage de Viorel Moldovan sur le banc restera comme l’un des plus gros échecs depuis la descente en Ligue 2 (2012). L’investisseur chinois a ainsi injecté plus de 20 millions d’euros à ce jour dans le club bourguignon, alors que le plan initial prévoyait – outre le rachat estimé à 6 millions d’euros – un versement de 2 millions d’euros annuels sur trois ans. ORG Packaging s’affiche désormais partout à l’Abbé Deschamps : un message de bienvenue en chinois domine l’extérieur de la tribune d’honneur, tandis que des bâches publicitaires étaient en train d’être fixées en haut de la tribune de Vaux mercredi dernier.

« L’investissement d’ORG nous permet d’avoir un budget de 20 millions d’euros cette saison. C’est important et en même temps, l’AJA a des infrastructures de club de Ligue 1, un beau stade, un centre de formation onéreux qui a permis au club de vivre sur le trending de joueur, et tout ça c’est grâce à notre investisseur, confirme Graille. Sur la masse salariale, on est à un niveau moyen de Ligue 2, il faudra encore investir et Monsieur Zhou est parti sur cette perspective. On espère retrouver la Ligue 1 dans les deux années qui viennent. »

Le projet s’articule désormais autour de quatre hommes clés : Francis Graille, président du club, Cédric Daury, installé comme directeur sportif – une fonction qui n’existait pas à l’AJA –, Bernard David, de retour à la tête du centre de formation auxerrois après un passage de cinq ans à Saint-Etienne, et Francis Gillot, entraîneur de l’équipe-première. « On a essayé de mettre des bases solides. On a mis un vrai directeur sportif, un coach qui n’est pas venu que pour rester en L2, qui a pour ambition de retrouver la L1, et un recrutement avec de la qualité tout en ayant des joueurs sur le long terme qui étaient prêtés la saison passée et qu’on a réellement recrutés cette année (Yattara, Touré et Sané, ndlr). On va voir le rebond dès cette année », pronostique Francis Graille. Francis Gillot acquiesce : « Je pense qu’un projet nouveau nécessite une reconstruction d’effectif, car le groupe l’année dernière était en mal de confiance. Le fait de repartir de zéro avec un nouveau staff, de nouveaux joueurs, un nouveau président, un directeur sportif, un nouveau responsable de centre permet d’insuffler une nouvelle impulsion. »

Après un an et demi sans activité et son départ du Shanghai Shenhua, l’ancien entraîneur de Bordeaux, Lens et Sochaux, a replongé dans le projet auxerrois. Ambitieux mais patient, il met en garde contre un excès d’enthousiasme. « Les gens sont impatients, souffle Gillot. Dans les douze recrues, il y aura des garçons qui vont moins bien marcher, il y aura des échecs, donc il faudra ajuster la saison prochaine. Après cette année, on est là pour gagner des matches, si jamais il y a une bonne surprise en fin d’année, on ne va pas s’en priver, mais dans les deux ans, la montée est un délai correct. »

Le projet de l’AJA a su séduire les interlocuteurs après des années de friction entre les anciens propriétaires et l’association AJA qui détient une partie du capital du club. « A partir du moment où vous respectez les gens, ça se passe bien, confie Francis Graille, homme de consensus. Moi je respecte le passé, c’est l’ADN du club, je respecte tous ceux qui l’ont fait, sans Guy Roux il n’y aurait pas l’AJA. Maintenant, des choses ont changé et ont évolué, il suffit de bien l’expliquer dans le respect mutuel. Le climat est normalisé, tout le monde a envie qu’on réussisse. »

Les dirigeants ont gagné une première bataille : changer l’image de l’AJA, devenu au fil des années en Ligue 2 un club de passage, sans réelle vision stratégique de l’avenir. Francis Graille abonde dans ce sens : « Beaucoup de joueurs venaient se relancer sur une année à Auxerre. Là, non. Ils se sont engagés sur 3 ans (Yattara, Touré, Philippoteaux, Boucher…), ça veut dire que le projet leur a plu, que le discours des dirigeants et du coach leur plait. On fait tout pour que l’environnement soit à la hauteur avec une organisation rigoureuse et ambitieuse, tout en étant fidèle à Guy Roux, et en dépensant le moins d’argent possible. » Le passé est un marqueur à l’AJA et les références y sont toujours nombreuses.

UNE SAISON 2017-2018 PRÉPARÉE DANS L’URGENCE

Avec tout un effectif à reconstruire et quatre contrats professionnels seulement à la fin de la saison, tout l’état-major icaunais s’est mis en marche et a fait fonctionner les réseaux. Pas moins de douze joueurs sont arrivés et vont constituer le noyau dur de la nouvelle équipe. Après une préparation ponctuée de trois victoires, deux nuls et une défaite, Francis Gillot s’est dit très satisfait par le travail réalisé sur le recrutement. « Cédric Daury et le président ont fait un gros travail car trouver 12 joueurs n’est pas évident, affirme-t-il. On n’a pas eu beaucoup de regrets car on a eu les joueurs qu’on avait ciblés. Il y a trois joueurs qui sont arrivés un petit peu tard mais tout va rentrer dans l’ordre. »

« On avait un creux sur la pyramide des âges sur le créneau 23-29 ans, témoigne Cédric Daury. On avait des garçons très jeunes et d’autres très expérimentés. On voulait aussi doubler tous les postes et avoir plus de profils athlétiques. On avait la vitesse et la technique, mais on sait aussi qu’en Ligue 2 il faut du physique. » La première recrue et le premier fait d’arme du nouveau directeur sportif a été la prolongation de Zacharie Boucher. A 25 ans, le portier réunionnais avait des envies d’ailleurs la saison passée, mais a été motivé par le virage pris par le projet auxerrois. Désormais entraîné par Jérémie Janot, qui confie son bonheur de faire progresser au quotidien un portier de niveau « top 10 français », le cas Boucher a été un signal fort pour le reste du groupe. « Le meilleur des recrutements c’est de réussir à garder ses meilleurs éléments, confirme Daury. Cela donne une base de départs à laquelle on greffe des forces vives extérieures. C’était important de garder Zacharie mais aussi Mickaël Tacalfred qui a également prolongé. »

Parmi les douze joueurs recrutés figurent quelques « noms » : Romain Philippoteaux en provenance de Lorient, Birama Touré et Mohamed Yattara qui n’étaient que prêtés la saison passée par le Standard de Liège, Jordan Adéoti, libre après son départ de Caen ou encore Pierre-Yves Polomat, prêté par Saint-Etienne. L’effectif est de qualité et propose un mélange. C’est d’ailleurs le tryptique sur lequel compte s’appuyer l’AJ Auxerre dans les années à venir. « Il faut trouver le bon équilibre, tonne Daury. La vitrine de notre politique technique c’est l’équipe première, c’est la locomotive. On se doit d’avoir une locomotive qui avance bien et ne pas oublier de raccrocher les wagons à cette locomotive. On doit construire le groupe à travers un tiers de joueurs issus de la formation, un tiers de joueurs extérieurs, de la tranche 23-29 ans avec les dents longues et enfin un tiers de joueurs d’expérience. »

LA FORMATION, L’ADN DE L’AJA

La formation est un thème sensible à l’AJA. Le club a écrit les plus belles pages de son histoire avec un fort contingent de joueurs formés à Auxerre. Singé comme un « éleveur de champions » dans les années 2000, Guy Roux, grâce à l’excellent travail de Daniel Rolland, s’est toujours appuyé sur des joueurs du cru bourguignon. Les nouveaux dirigeants veulent poursuivre cette stratégie, la dépoussiérer et la moderniser. « L’AJA est un club formateur, avec 11 joueurs dans le groupe professionnel qui sont issus de notre centre », explique d’emblée Cédric Daury. Bien placé pour l’observer puisqu’il était l’entraîneur de l’équipe première la saison passée, le directeur sportif garde à l’esprit qu’avoir beaucoup de joueurs surclassés n’est pas gage de réussite. Lors du dernier exercice de Ligue 2, et par la force des choses – comprendre une baisse drastique des moyens – le club a fait monter de nombreux jeunes de la réserve avec des résultats contrastés, certains joueurs n’étant pas prêts à relever un tel challenge.

Pour éviter de retomber dans un tel travers, une véritable politique sportive est en train d’être instaurée à l’AJA, sous l’égide de Cédric Daury. « Le projet est très clairement défini, on veut redorer le blason de la formation », affirme le directeur sportif. Ce projet a été confié à Bernard David. Responsable du centre de formation entre 2000 et 2012, il avait rejoint l’AS Saint-Etienne lors de la descente en Ligue 2, avant de revenir cet été. « Je ne me voyais pas quitter Saint-Etienne, mais c’est vrai que le projet m’a plu et séduit », explique-t-il. La charge de travail est grande car si le club reste bien placé au classement des centres de formation français (6e en 2016, 8e en 2017), il n’a pas sorti de pépite depuis quelques années déjà. Le constat est là : depuis la vente de Paul-Georges Ntep en janvier 2014, aucun joueur formé à Auxerre n’a atteint le haut niveau. C’est un danger pour l’AJA tant le club reste tributaire des plus-values réalisées sur les joueurs formés, même si l’apport en capitaux d’ORG a permis de réduire la pression.

Avec la descente de la réserve en Nationale 3, l’objectif pourrait être la remontée immédiate, mais Bernard David souhaite détacher les résultats de l’axe de travail : « On va choisir l’épanouissement du joueur et sa progression. Ça ne sera pas de la « championite » […] Le mot d’ordre c’est la formation du joueur plus que le résultat. » L’équipe première doit pouvoir profiter du travail réalisé au centre de formation. C’est dans la suite logique des choses. Voir un jeune garçon arriver, le former, le modeler à travers des prestations avec la réserve avant de venir nourrir les ambitions sportives en Ligue 2. Le club a donc planché sur une politique sportive commune qui rapprocherait les deux entités. « Il y avait deux mondes, celui de la formation et celui du secteur professionnel, explique Francis Graille. On a raccordé la réserve au secteur pro, sous la direction de Francis Gillot. Il faut qu’il y ait une vraie continuité sportive. » Désormais, un groupe d’élite s’entraînera à côté des professionnels, en même temps qu’eux, avec les mêmes services médicaux. Bernard David en explique son fonctionnement : « On a constitué un groupe qu’on aurait pu appeler « Pro B » mais ça aurait été manquer d’humilité puisque tous ne le seront pas. Quand Francis Gillot en aura besoin, il les prendra. Ils sont à la porte du groupe professionnel mais n’y sont pas encore. »

La politique sportive menée par Cédric Daury prendra du temps à se matérialiser par des résultats. Le mot patience est dans toutes les bouches à l’Abbé Deschamps. Bernard David explique les principales idées qui seront mises en avant : « On veut instaurer 2-3 systèmes de jeu communs à toutes les équipes, des méthodologies, des sorties de balle identiques pour que l’on retrouve une identité AJA partout. Il y a des principes techniques qu’on va adopter. On va se voir tous les mardi avec les éducateurs pour recréer une dynamique et redorer le blason de l’AJA. » Cédric Daury renchérit : « Il faut être patient. On est déterminés. On va bosser, on va beaucoup travailler. On est très humbles parce que quand on sort d’une saison comme la nôtre, cela appelle l’humilité. Dans une reconstruction il y a des paliers et un projet ça se monte avec de l’humilité et de la patience. La logique est de lancer le jeune quand il est prêt. Chez un jeune, ce qui est difficile à avaler, c’est la redescente. Quand on l’amène dans le groupe professionnel, c’est qu’il doit être prêt à y jouer. Je veux du jeu, de l’enthousiasme avec des valeurs de respect et d’éthique, un groupe sain avec des joueurs engagés et ambitieux. C’est le message qu’on va donner à nos jeunes. »

Le choix de Francis Gillot n’est pas anodin. Passé par Lens et Sochaux, deux autres clubs formateurs, le technicien de 57 ans fait d’ailleurs instinctivement le parallèle avec son expérience dans le Doubs. « J’étais arrivé à Sochaux en cours de saison, j’avais du me référer à certains jeunes qui n’étaient pas encore prêts comme le petit Martin et Boudebouz, se remémore Gillot. Il faut être patient avec les jeunes, on sait que quand on les fait jouer, un défenseur va faire une petite erreur, les attaquants ne sont pas forcément buteurs, mais après, sur les deux saisons suivantes, ils seront performants. Ils se forgent une expérience et à Sochaux, on avait ensuite fini 5e de Ligue 1. »

Le technicien nordiste jure qu’il n’a aucune obligation de faire jouer des jeunes du centre de formation ni de pression liée à la feuille de route confiée par Francis Graille. Mais l’ADN de l’AJA l’y emmènera naturellement. « Le président ne m’oblige à rien, confirme-t-il. S’ils sont bons, naturellement ils vont venir avec les pros. À Sochaux et Lens, certains jeunes n’ont pas joué, parce qu’ils n’avaient pas le niveau. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi. On est tributaires des résultats. À partir du moment où il y a des jeunes prometteurs, c’est à nous de les intégrer petit à petit à l’effectif. » Encore et toujours cette notion de patience, omniprésente sur les rives de l’Yonne.

LA FORMATION PASSERA PAR LA CHINE

La société ORG Packaging ne s’en est jamais cachée. Si elle a investi dans un club français et plus particulièrement à Auxerre, c’est pour bénéficier de l’excellence de son centre de formation. Son représentant, James Zhou souhaite que ce travail auprès des jeunes joueurs profite au football de son pays. Cette volonté s’intégrera dans le projet de l’AJA à deux niveaux.

Le premier consiste à recevoir des jeunes joueurs chinois dans l’Yonne afin d’y parfaire leur post-formation. Francis Graille confirme cet axe de développement mais ne s’avance pas sur le calendrier : « Cela prendra sans doute un peu plus de temps que ce que Monsieur Zhou avait imaginé, car il y a des lois en France et on ne peut pas recevoir autant de joueurs chinois qu’on voudrait. Il y a déjà un premier joueur chinois qui est là en ce moment, à Auxerre, et qui devrait sans doute avoir un contrat pro dans peu de temps. On est en train d’établir les bases d’un vrai projet de formation, à travers ce savoir-faire, cette habitude, et c’est en quelque sorte ça qu’il a acheté avec Auxerre. »

Même son de cloche du côté de Cédric Daury, qui détaille un peu plus les relations qui uniront la Chine et l’AJA : « On est en train de travailler sur un projet pour la promotion de jeunes chinois qui viendraient chez nous, mais également pour travailler sur un pont très clair sur le plan technique, avec des écoles d’éducateurs, des écoles de foot, un centre de formation en commun, on réfléchit et on travaille. On veut créer ces échanges et cette force d’ambition mais aussi culturelle. » Selon Bernard David, le club bourguignon accueillera des enfants de tout âge, mais en particulier à partir de 17 ans, « puisqu’on aura droit de les faire jouer chez nous à partir de 18 ans. » Avec, toujours dans un coin de la tête, l’aspect économique. « Si parmi ceux-ci, il y en a un qui arrive à jouer en CFA, puis avec le groupe pro en Ligue 2, économiquement ça sera très intéressant pour eux, puisqu’il sera sûrement revendu à un club chinois, ce qui permettra d’en faire venir d’autres et faire connaître l’AJA, explique de manière très pédagogique le directeur du centre de formation. C’est un modèle économique. »

L’autre passerelle entre le football asiatique et le club auxerrois se matérialisera avec la construction d’un centre de formation international, juste à côté de celui de l’AJA. Il sera en lien avec le club puisque c’est le propriétaire ORG qui en assumera les coûts de construction. « Ça sera une école de formation internationale, qui sera forcément reliée à l’AJA, qui pourra bénéficier de nos infrastructures, et aura pour vocation de former des joueurs étrangers, en provenance principalement du continent asiatique, note Francis Graille. Les élèves suivront un cursus scolaire en même temps qu’une formation sportive. »

Après des années à naviguer à vue et à ressasser le passé sans vision claire de l’avenir, l’AJ Auxerre souhaite regagner la lumière. Poussé par un propriétaire ambitieux se comportant comme un véritable soutien économique, le club icaunais souhaite retrouver ses racines qui en ont fait l’un des clubs préférés des français grâce à des aventures européennes et un ADN identifiable grâce à ses jeunes pousses ayant enchanté l’Hexagone. Avec sa stratégie basée sur un centre de formation dépoussiéré, l’AJA doit aussi composer avec des impératifs : s’ouvrir à la volonté des hommes forts de la Chine de développer le football local. C’est à ce prix que les Ajaïstes ont été sauvés d’une impasse économique. Concilier les envies et les besoins d’une ville de 30 000 habitants et du pays le plus peuplé du monde, c’est le pari tenté par le club bourguignon. « Écrire l’histoire est une manière de se débarrasser du passé », énonçait Goethe. L’AJA a choisi une autre voie, celle de s’appuyer sur son histoire pour écrire son avenir.

Tous propos recueillis par Johann Crochet, à Auxerre.

Publié sur Goal.com

Francesco Totti était le dernier empereur de Rome

Dans la Rome Antique, l’empereur avait le droit de vie ou de mort sur les gladiateurs à travers un geste du pouce.

À défaut de l’avoir, à l’instar de ses illustres prédécesseurs, sur les hommes, Francesco Totti a longtemps eu le droit de vie ou de mort sur le jeu dans la capitale italienne. No Totti No Party annonce encore aujourd’hui une immuable banderole en Curva Sud, la plus fervente des tribunes de l’Olimpico, malgré le départ à la retraite de l’idole d’un peuple. C’est un constat logique. Pas de Totti, pas de fantaisie. Pas de Totti, pas de magie. Pas de Totti, pas de folie. Il est l’élément qui a lié passion du football et obligation de résultat. Celui qui a fait venir au stade des dizaines de milliers de spectateurs les soirs d’hiver. Il respirait le football, il sentait le football, il était le football.

Mes que un club dit-on en Catalogne au sujet du FC Barcelone. Bien plus qu’un club. À Rome l’adage pourrait bien être légèrement modifié pour personnifier et expliquer l’importance de Francesco Totti dans la sphère giallorossienne. Il était bien plus qu’un joueur. Il n’incarnait pas seulement la vie d’un footballeur ayant réussi, mais bien un club et une ville, une façon de voir le football et le vivre. Il était Romain avant d’être Italien. Cela lui a valu d’être sifflé sur tous les autres terrains italiens. Il a incarné son club et sa ville. Et sur le terrain, sa grandeur faisait peur aux adversaires. « Qu’ils me haïssent pourvus qu’ils me craignent », disait l’empereur Caligula. Totti était autant haï pour ce qu’il représente – dans l’affrontement Nord/Sud italien – que craint pour ses coups de génie.

Encore aujourd’hui, alors qu’il est passé du statut de joueur à celui de dirigeant, il est celui qui assure la filiation romaine dans un club contrôlé par des investisseurs américains. Il est toujours impensable de parler de la Roma sans évoquer Francesco Totti. Il suffit d’assister à un match à l’Olimpico pour voir que de nombreux regards se tournent désormais vers la tribune présidentielle afin de vérifier que celui que les tifosi continuent à appeler « Il Capitano » (le capitaine) est bien présent. Filmé en permanence par les caméras de télévision, il apparaît sur les écrans à chaque match. C’est une sécurité pour les supporters. Un moyen de se rassurer. S’il est là, c’est que la Roma tourne toujours dans le bon sens. C’est l’assurance de garder une certaine forme de romantisme dans un football qui en offre peu aujourd’hui, même si le club romain peut toujours compter sur Daniele De Rossi et Alessandro Florenzi pour perpétuer la tradition des joueurs-supporters.

Dompteur de balle, élégant technicien et redoutable finisseur, Francesco Totti avait comme joueur le charisme d’un leader sans pour autant prendre ce rôle trop à cœur. Il parlait peu et comptait ses mots dans le vestiaire. Sa seule présence suffisait à rassurer ses partenaires et à déstabiliser ses adversaires. Dans les rares prises de paroles de Francesco Totti, hors réactions entourant les matches, les mêmes mots revenaient : espoirs, illusions, fierté, amour, passion… On retrouve toute la sémantique du rêveur romantique, illustre passionné et amoureux de son club, de sa ville, qu’il n’aurait quitté pour rien au monde. Même lorsque les choses ont été compliquées. Comme lors de sa dernière saison comme joueur.

« J’ai reçu des offres des USA et des pays du Golfe. Ils m’auraient couvert d’Or, mais j’aurais ruiné 25 ans d’amour. »

Francesco Totti au Corriere della Sera, le 30 novembre 2017.

Il a été tour à tour le rêve de Florentino Perez, de Roman Abramovich (prêt à aligner 150 millions d’euros pour Totti et Emerson en 2003, selon Franco Baldini, ancien directeur sportif de la Roma, ndlr) et de Silvio Berlusconi, trois des plus puissants hommes dans le monde du foot, mais il a toujours refusé les trophées et l’argent pour vivre la passion et l’amour d’une vie. « Être champion avec la Roma, c’est comme gagner dix titres ailleurs », avait-il déclaré à ceux qui ne comprenaient pas sa fidélité à toute épreuve. De fait, il n’a gagné qu’un Scudetto mais il s’en accommode.

Son influence à Rome est immense. Homme au grand cœur, discret dans ses dons aux associations ou lors des manifestations de l’UNICEF, il est la personne la plus importante de la Cité éternelle. Certains coéquipiers avouent volontiers qu’il est plus grand que le Pape. D’un François à un autre, pendant que l’un enchaînait les bénédictions, l’autre multipliait les offrandes sur le gazon. Il inspirait ses coéquipiers et éclairait le jeu de son équipe. Totti était le guide. Quand rien n’allait, la Roma s’en remettait souvent à son capitaine, auteur de 250 buts en Serie A, tous inscrits sous le maillot Giallorosso.

Comme tous les artistes aux pieds d’or, il exprimait son football dans la plus grande simplicité. En une touche de balle, ses déviations étaient un modèle du genre. Ses ouvertures millimétrées également. A 40 ans, il cassait encore les lignes adverses avec une grande facilité. Qu’il ait été positionné sur l’aile gauche, comme numéro 10 ou comme attaquant de pointe, tout au long de sa carrière il n’a eu de cesse de participer au jeu. Sa libre interprétation du rôle de faux numéro 9 dans la Roma de Spalletti (2005-2009) a souligné sa grande intelligence tactique. Soulier d’Or européen en 2007 devant Van Nistelrooy, Milito et Ronaldinho, il a autant marqué les esprits pour ses buts que par son sens du collectif, de l’anticipation et des déplacements de ses coéquipiers.

Spectaculaire dans le jeu, Totti l’était également lorsqu’il s’agissait de faire trembler les filets adverses. De ses coups-francs surpuissants en lucarne aux reprises de volées précises, en passant par quelques cucchiai (cuillères en italien, sorte de lob ou balles fouettés, ndlr) du plus bel effet, les gardiens en ont vu de toutes les couleurs, les pires comme les meilleurs, à commencer par Gianluigi Buffon, ami et victime préférée de Totti avec 20 buts encaissés dans sa carrière. Le capitaine de la Roma réussissait à allier simplicité, talent naturel et efficacité avec le spectacle comme coefficient multiplicateur.

La Roma a eu la chance de toujours pouvoir compter sur son vivier, terreau fertile en promesses de demain et en capitaines de légende. De Giannini à Di Bartolomei, en passant par Conti, les joueurs exemplaires sont légion mais aucun n’aura fait résonner les noms du club et de cette ville dans le monde entier comme l’a fait Francesco Totti. De la Rome antique à nos jours, la grandeur de la Cité éternelle a toujours été incarnée et portée par un seul homme. Le dernier empereur de Rome fait honneur à ses prédécesseurs.

L’héritage est d’ailleurs lourd à porter. Francesco Totti a collectionné tous les records (nombre de matches avec la Roma, record du nombre de buts du club, 2e meilleur buteur de l’histoire de la Serie A, buteur lors de 23 saisons consécutives…) et a souvent attiré toutes les lumières. Le club doit désormais vivre sans lui sur le terrain. Le public doit également apprendre à faire sans son gladiateur. Avec ou sans lui, le public ne se comportait pas de la même façon. Certains tifosi venaient autant voir la Roma à l’Olimpico que Francesco Totti, un phénomène qui s’était amplifié ces dernières saisons, alors que sa retraite sportive approchait.

Infographie Francesco Totti Roma Goal

Sa retraite a été actée le 28 mai 2017, au stade Olympique de Rome, lors de la rencontre entre la Roma et le Genoa. 70 000 âmes avaient lutté pour obtenir le précieux sésame et entrer dans ce qui allait devenir le théâtre d’un des événements les plus émouvants de l’histoire du foot. L’adieu de tout un peuple à sa légende, à son Dieu.

Il y avait des gros barbus et Daniele De Rossi. Des adolescentes et Kostas Manolas. Des grands-mères et Stephan El Sharaawy. Des parents et leurs enfants. Mais aussi Francesco Totti, Ilary Totti et leurs trois enfants. Les larmes coulaient. Face à la crainte du jugement « pleurer pour du football, est-ce bien sérieux ? », certains tifosi tentaient tant bien que mal de contenir leur émotion. Puis, quand ils ont vu que tout le stade était en larmes, il n’y a plus eu aucune retenue.

 

La Roma venait de battre le Genoa (3-2) et s’assurait ainsi la deuxième place, qualificative directement en Ligue des champions. Mais les tifosi n’étaient pas venues pour ça. Il suffisait de voir le tour d’honneur des joueurs, avec femmes et enfants dans le désintérêt le plus total, alors que les dizaines de milliers de spectateurs avaient déjà usé leurs cordes vocales et versé toutes les larmes de leur corps pour Francesco Totti. Il était l’homme de la soirée, lui qui a réussi une dernière fois à remplir un stade de 70 000 places sur son seul nom. Dans les bus et les rues qui menaient au stade, tous les supporters étaient venus avec un maillot ou un tee-shirt célébrant leur idole. Des TOTTI 10 à la pelle pour une soirée unique.

Après une haie d’honneur, une remise de maillot symbolique par son président et un tour d’honneur interminable, Francesco Totti avait livré un discours d’une quinzaine de minutes. Touchant. Émouvant.

« Excusez-moi si je n’ai pas donné beaucoup d’interviews ces derniers mois, mais éteindre la lumière n’est pas facile. Maintenant j’ai peur. Cette fois, c’est moi qui ai besoin de vous, de votre chaleur, de ce dont vous avez toujours fait preuve à mon égard. Avec votre affection, j’arriverai à tourner la page et à me lancer dans une nouvelle aventure. Naître Romain et Romanista est un privilège. Être le capitaine de cette équipe a été un honneur. Je vous aime. »

Une dernière ovation plus tard, des centaines de milliers de larmes plus tard, le stade s’était vidé. À peine avaient-ils laissé le temps aux autres joueurs de terminer leur tour de terrain que les premiers supporters s’en allaient. Preuve s’il en est que s’il est de coutume de dire que le club est plus important que n’importe quel joueur, l’adage a son exception à Rome. Totti était grand.

Devenu dirigeant cet été, Francesco Totti vit le football autrement. Impliqué auprès de l’équipe première aux côtés d’Eusebio Di Francesco, il est également le bras droit de Monchi, le directeur sportif de la Roma et garde aussi un oeil sur le développement des jeunes. Là où tout était facile sur le terrain, l’ancien capitaine de la Roma se cherche encore dans sa nouvelle vie. Se consacrer à l’équipe première, à la direction sportive ou aux équipes de jeunes, le choix n’est pas clair. Il le confesse lui-même, il a « besoin de tout voir, tout essayer » avant de choisir sa voie.

Lorsqu’on lui a demandé, dans une interview au Corriere dela Sera, ce qui avait changé depuis cet été, sa réponse a été simple : « Tout ! Ma vie, mon état d’esprit, mon corps. L’impact de ce changement n’a pas été simple à gérer. J’ai demandé au club de pouvoir couper, pendant trois mois, pour mieux repartir. Je suis resté dans le milieu du football, c’est ma vie. C’est tout. »

Ce qui n’a pas changé, c’est l’amour que lui portent les supporters de la Roma. De nouvelles oeuvres de street art ont fait leur apparition sur les murs de la Cité Éternelle, il est inondé de messages d’affection sur les réseaux sociaux et il ne peut toujours pas se promener dans la ville au risque de déclencher une émeute. Rome laisse le sentiment d’une douce folie. La vie y est douce et agréable. Le climat est généreux, la mer n’est pas loin et les Romains savent profiter des choses simples que leur offre cette ville. L’empreinte du passé glorieux n’est jamais très loin, les caractères sont affirmés et les rêves nombreux, d’où parfois, une impression de sage mélancolie. Totti représentait et continue de représenter tout cela. Avancer dans sa vie d’homme et écrire une nouvelle histoire avec les certitudes du passé, c’est désormais le nouveau défi de Francesco Totti. Le dernier héros romantique du football moderne n’a pas fini de nous surprendre.

Publié sur Goal.com

Salernitana-Nocerina, un derby surréaliste

Aujourd’hui devait avoir lieu le derby de Salerno, entre la Salernitana et la Nocerina. « Devait » car si le coup d’envoi du derby a bien été sifflé, le match n’est jamais allé à sa fin. En cause, une équipe visiteuse jetant l’éponge par crainte de ses propres supporters.

Tout a commencé avant le match devant l’hôtel où séjournaient les joueurs et le staff de la Nocerina. Enervés par leur interdiction de déplacement à Salerno pour ce derby, environ 200 tifosi de la Nocerina ont manifesté devant l’hôtel des joueurs, avant de durcir leur contestation en menaçant de mort leurs propres joueurs et en leur interdisant d’entrer sur la pelouse pour disputer le derby. Ces tifosi de la Nocerina souhaitaient donc que les joueurs ne jouent pas ce derby, en signe de soutien car les supporters n’avaient pas été autorisés à se déplacer pour ce match.

Arrivés au stade, les joueurs de la Nocerina ont d’abord refusé d’entrer sur la pelouse. Le match a été retardé de 40 minutes, puis le préfet de police a ordonné aux joueurs, pour des questions de sécurité, de débuter la rencontre. Ce n’est pas de gaieté de coeur que les joueurs de la Nocerina se sont pliés aux exigences du préfet de police, mais, toujours est-il, qu’ils sont entrés sur la pelouse. Mais ils avaient préparé leur coup.

Dès la première minute de jeu, l’entraîneur de la Nocerina décidait d’effectuer ses trois remplacements. Puis, au fil des minutes, plusieurs joueurs du club simulaient des blessures. Or, avec les trois remplacements déjà effectués, la Nocerina se retrouvait d’abord à dix, puis neuf, puis huit… jusqu’à la cinquième blessure d’un joueur de la Nocerina, forçant l’arbitre à arrêter le match dès la 21ème minute de jeu.

Le préfet de Salerno a déjà annoncé l’ouverture d’une enquête pour identifier les tifosi auteurs de menaces de mort. En attendant, le foot italien a montré une nouvelle fois qu’il ne savait pas vivre sans excès…

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Anders Svensson, l’indispensable nouveau recordman

À l’occasion de la victoire suédoise au Kazakhstan, Anders Svensson est devenu le recordman de sélection (144) avec la Suède, dépassant ainsi le légendaire gardien Thomas Ravelli. Pourtant, le milieu suédois aurait pu arrêter sa carrière après le dernier Championnat d’Europe. Titularisé contre l’Angleterre et la France, il rend une copie très propre mais ne semble plus rentrer dans les plans d’Erik Hamren après la compétition. Le sélectionneur expliquait à l’époque que le temps avait fait son oeuvre pour Svensson et qu’il ne le voyait plus comme un titulaire, préférant se concentrer sur ses successeurs, Rasmus Elm, Pontus Wernbloom et Kim Källström. Le problème, pour Hamren, c’est qu’il s’est vite rendu compte que son milieu de 37 ans est toujours au top et offre des garanties suffisantes pour jouer en sélection nationale. Sa fin de saison 2012 remarquable ponctuée par le titre de champion de Suède avec Elfsborg fournit une énième preuve de la compétitivité du vétéran.

Ce n’est pas la première fois que l’on essaye de « se débarrasser » de Svensson, et peut-être pas la dernière. Le milieu suédois est en fin de contrat en décembre avec Elfsborg et ses dirigeants ont multiplié les prises de position ambiguës à son sujet. Le directeur général, Stefan Andreasson, est ainsi passé d’interviews où il laissait planer une forte incertitude sur l’avenir de son joueur, arguant qu’il avait peut-être fait son temps, à une position plus souple où il expliquait qu’il serait ravi de le voir prolonger, car Svensson avait écrit l’histoire du club et avait refusé à de nombreuses reprises plus d’argent de clubs étrangers pour rester dans le club de Borås. Andreasson a depuis largement revu son jugement et a expliqué dans une interview à l’Aftonbladet que la Suède aurait été plus performante si Svensson avait été toujours aligné par les différents sélectionneurs.

Aux dernières nouvelles, une rencontre devrait avoir lieu prochainement entre Anders Svensson, ses représentants et le président du club Bosse Johansson, pour discuter d’une éventuelle prolongation. Le capitaine d’Elfsborg n’en fait pas une question d’argent, il a toujours répété qu’il se sentait bien « à la maison ». C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il était rentré à Borås en 2005 après son expérience anglaise. Au plus fort du doute, lorsque ses dirigeants et son entraîneur (pour des raisons tactiques) laissaient volontiers planer l’ombre d’un départ, Svensson expliquait alors qu’il pourrait se laisser tenter par une dernière aventure exotique pour son compte en banque, sans gloire, ni sourire, juste avec une certaine forme de tristesse à l’idée de quitter son club de coeur. Svensson veut jouer encore une saison à Elfsborg, participer à la Coupe du Monde 2014 et conclure en beauté. Il le répète dès qu’un micro s’approche et les supporters d’Elfsborg sont avec lui.

Photo Anders Svensson Suède Sweden

Anders Svensson est encore, à 37 ans, le meilleur joueur de son équipe. Malgré la présence de jeunes très prometteurs ou de vétérans très bons (comme Ishizaki), le capitaine d’Elfsborg est le joueur le plus régulier et le plus décidé. Il n’a pas envie d’arrêter et n’est pas en pré-retraite. Il le démontre en Allsvenskan tous les week-end avec sa hargne caractéristique du milieu à tout faire : premier relanceur, récupérateur de ballons, Svensson est doué techniquement, oriente le jeu à merveille, possède une grosse frappe de balle (vidéo) et sa détermination lui permet de gagner de nombreux duels. Il n’a jamais été rapide et l’est de moins en moins, mais son expérience, son positionnement et sa justesse technique lui permettent de compenser ce gros défaut. Recruté par Elfsborg cet hiver pour jouer aux côtés de Svensson, le norvégien Henning Hauger peine à s’imposer et reste dans l’ombre de son capitaine.

Non titularisé en juin pour le match amical contre la Norvège, Svensson était entré en fin de match et avait régalé son public grâce à une frappe extraordinaire de 35 mètres (vidéo). Le milieu suédois a profité des méformes et absences de Rasmus Elm et Kim Källström pour les deux derniers matchs éliminatoires pour retrouver une place de titulaire. Il en a profité pour inscrire le but de la victoire suédoise en Irlande d’une frappe chirurgicale au ras du poteau (vidéo) et pour réaliser une bonne prestation au Kazakhstan, le jour de sa 144ème sélection.

C’est d’ailleurs en sélection que Svensson s’est fait une réputation. En effet, son passage à Southampton entre 2001 et 2005 a été bon, excellent au début, un peu moins sur la fin, car régulièrement sur le banc, mais il n’avait pas le jeu pour devenir une idole outre-Manche. Son président l’appréciait énormément et lui avait proposé une prolongation de contrat, malgré l’arrivée de Harry Redknapp qui avait déclaré ne pas trop compter sur le Suédois, mais Svensson avait préféré retrouver le club de ses débuts, Elfsborg, avec lequel il a remporté depuis deux titres de Champion d’Allsvenskan. Avec le maillot Blågult (bleu et jaune), Svensson a réussi ses meilleures performances lors de la Coupe du Monde 2002. Son superbe coup-franc (vidéo) avait renvoyé les Argentins à la maison, tandis qu’il avait été à deux doigts de marquer le but du tournoi en Huitièmes de finale contre le Sénégal (vidéo).

Malgré ses excellentes prestations avec la Suède, un passage réussi en Premier League et plusieurs titres à Elfsborg, Anders Svensson ne fait pas l’unanimité au royaume des trois couronnes. Il fait plutôt partie de la génération des discrets travailleurs (comme Henke Larsson) et a toujours été dans l’ombre des grands attaquants de ce pays. Et puis, avec l’émergence de la doublette Elm-Wernbloom (ils ont joué ensemble à Alkmaar et maintenant au CSKA Moscou), de nombreux supporters ont voulu voir cette jeune paire titulaire avec la sélection. Le seul problème, c’est que Svensson parvient toujours à tirer son épingle du jeu car il est – certes plus vieux et plus lent – mais surtout plus régulier, plus expérimenté, plus malin et plus déterminé. Il n’est pas si facile de se débarrasser d’Anders Svensson. Erik Hamren l’a appris à ses dépens, tandis qu’Elfsborg, avec ces deux nouveaux matchs plein de Svensson en sélection, devrait finalement lui prolonger son contrat après avoir parlé pendant des semaines d’un possible départ. La vérité du terrain parle toujours : Svensson est aujourd’hui encore indispensable à son club et à sa sélection. Son nouveau record devrait remonter sa cote de popularité et lui permettre d’être enfin considéré à sa juste valeur, comme l’un des plus grands joueurs que la Suède a produit.

Bonus : la vidéo du but élu « but du championnat suédois 1999 » d’Anders Svensson à Malmö. Il avait réédité ce geste quelques jours plus tard à l’entraînement, devant les caméras, pour montrer qu’il ne s’agissait pas d’un coup de chance. Ces deux scènes (et un autre but plus récent, au début de la vidéo) sont à voir ci-dessous.