Neymar, Mbappé et les 100 plus gros transferts de l’histoire du foot

Le football demeure dans sa bulle financière et aligne des transferts de plus en plus chers chaque année. Les montants onéreux défilent de manière régulière et la saison 2017-2018 a été celle de tous les records.

Neymar est devenu le joueur le plus cher de l’Histoire en quittant le Barça pour le PSG et en se libérant de sa clause libératoire contre un chèque de 222M€ lors de l’été 2017. Le Paris Saint-Germain a également fait signer Kylian Mbappé contre un montant de 145M€ auxquels peuvent s’ajouter 35 autres millions sous la forme de divers bonus.

Lors du mercato hivernal 2017, le FC Barcelone a frappé un grand coup en faisant signer Philippe Coutinho pour 120M€ (et jusqu’à 40M€ de bonus), renforçant son secteur offensif déjà bien armé, notamment avec l’arrivée six mois plus tôt d’Ousmane Dembélé contre 105M€ (+ 45M€ de bonus) en provenance de Dortmund.

C’est un autre français, le troisième, qui complète le TOP 5 des joueurs les plus chers de l’Histoire. Paul Pogba, transféré de la Juventus à Manchester United en 2016 contre 105 millions d’euros.

Découvrez ci-dessous la liste des 100 plus gros transferts de l’Histoire du football.

Joueur Clubs Année Montant
1 Neymar Barcelona – PSG 2017 €222m
2 Kylian Mbappe Monaco – PSG 2017 €145m (+€35m)
3 Philippe Coutinho Liverpool – Barcelona 2018 €120m (+€40m)
4 Ousmane Dembele Borussia Dortmund – Barcelona 2017 €105m (+€45)
5 Paul Pogba Juventus – Manchester United 2016 €105m
6 Gareth Bale Tottenham – Real Madrid 2013 €100.8m
7 Cristiano Ronaldo Manchester United – Real Madrid 2009 €94m
8 Gonzalo Higuain Napoli – Juventus 2016 €90m
9 Neymar Santos – Barcelona 2013 €86.2m
10 Romelu Lukaku Everton – Manchester United 2017 €84.8m
11 Virgil van Dijk Southampton – Liverpol 2018 €84.5m
12 Luis Suarez Liverpool – Barcelona 2014 €82.3m
13 James Rodriguez Monaco – Real Madrid 2014 €80m
14 Alvaro Morata Real Madrid – Chelsea 2017 €78.9m
15 Zinedine Zidane Juventus – Real Madrid 2001 €77.5m
16 Kevin De Bruyne Wolfsburg – Manchester City 2015 €75m
17 Angel Di Maria Real Madrid – Manchester United 2014 €74.6m
18 Zlatan Ibrahimovic Inter – Barcelona 2009 €69.5m
19 Raheem Sterling Liverpool – Manchester City 2015 €69.1m
20 Diego Costa Chelsea – Atletico Madrid 2018 €66m
=21 Kaka AC Milan – Real Madrid 2009 €65m
=21 Aymeric Laporte Athletic Bilbao – Manchester City 2018 €65m
23 Edinson Cavani Napoli – PSG 2013 €64.5m
24 Pierre-Emerick Aubameyang Borussia Dortmund – Arsenal 2018 €63.75m
25 David Luiz Chelsea – PSG 2014 €62.5m
26 Angel Di Maria Manchester United – PSG 2015 €61.6m
27 Oscar Chelsea – Shanghai SIPG 2017 €60.3m
28 Luis Figo Barcelona – Real Madri 2000 €60m
29 Fernando Torres Liverpool – Chelsea 2011 €59m
30 Hulk Zenit – Shanghai SIPG 2016 €58.6m
31 Benjamin Mendy Monaco – Manchester City 2017 €58.2m
32 John Stones Everton – Manchester City 2016 €58m
33 Kyle Walker Tottenham – Manchester City 2017 €56.7m
34 Hernan Crespo Parme – Lazio 2000 €55m
35 Alexandre Lacazette Lyon – Arsenal 2017 €53m (+€7m)
36 Gianluigi Buffon Parme – Juventus 2001 €52m
37 Eliaquim Mangala Porto – Manchester City 2014 €51.7m
=38 Alex Teixera Shakhtar Donetsk – Jiangsu Suning 2016 €50m
=38 Bernardo Silva Monaco – Manchester City 2017 €50m
40 Anthony Martial Monaco – Manchester United 2015 €49.3m (+30M€)
41 Gylfi Sigurdsson Swansea City – Everton 2017 €49.2m
42 Christian Vieri Lazio – Inter 1999 €49m
43 Gaizka Mendieta Valence – Lazio 2001 €48m
44 Mesut Ozil Real Madrid – Arsenal 2013 €47m
=45 Juan Sebastian Veron Lazio – Manchester United 2001 €46m
=45 Rio Ferdinand Leeds United – Manchester United 2002 €46m
=45 Ronaldo Inter – Real Madrid 2002 €46m
=45 Juan Mata Chelsea – Manchester United 2014 €46m
=45 Douglas Costa Bayern Munich – Juventus 2017 €46m
50 Christian Benteke Aston Villa – Liverpool 2015 €45.8m
=51 James Rodriguez Porto – Monaco 2013 €45m
=51 Joao Mario Sporting Lisbonne – Inter 2016 €45m
=51 Granit Xhaka Borussia Monchengladbach – Arsenal 2016 €45m
=51 Tiemoue Bakayoko Monaco – Chelsea 2017 €45m
=51 Vinicius Junior Flamengo – Real Madrid 2018 €45m
56 Nemanja Matic Chelsea – Manchester United 2017 €44.7m
57 Leroy Sane Schalke – Manchester City 2016 €44m
58 Andriy Schevchenko AC Milan – Chelsea 2006 €43.9m
=59 Robinho Real Madrid – Manchester City 2008 €43m
=59 Radamel Falcao Atletico Madrid – Monaco 2013 €43m
61 Alexis Sanchez Barcelona – Arsenal 2014 €42.5m
=62 Rui Costa Fiorentina 2001 €42m
=62 Javier Pastore Palerme – PSG 2011 €42m
=62 Thiago Silva AC Milan – PSG 2012 €42m
=62 Jackson Martinez Atletico Madrid – Guangzhou Evergrande 2016 €42m
=62 Henrikh Mkhitaryan Borussia Dortmund – Manchester United 2016 €42m
=62 Mohamed Salah Roma – Liverpool 2017 €42m
=62 Leonardo Bonucci Juventus – AC Milan 2017 €42m
=69 Lilian Thuram Parme – Juventus 2001 €41.5m
=69 Corentin Tolisso Lyon – Bayern Munich 2017 €41.5m
71 Andy Carroll Newcastle United – Liverpool 2011 €41.3m
=72 Pavel Nedved Lazio – Juventus 2001 €41.2m
=72 Shkodran Mustafi Valence – Arsenal 2016 €41.2m
=72 Sadio Mane Southampton – Liverpool 2016 €41.2m
=75 Marc Overmars Arsenal – Barcelona 2000 €41m
=75 Roberto Firmino Hoffenheim – Liverpool 2015 €41m
=77 David Villa Valence – Barcelona 2010 €40m
=77 Sergio Aguero Atletico Madrid – Manchester City 2011 €40m
=77 Radamel Falcao Porto – Atletico Madrid 2011 €40m
=77 Hulk Porto – Zenit 2012 €40m
=77 Eden Hazard Lille – Chelsea 2012 €40m
=77 Javi Martinez Athletic Bilbao – Bayern Munich 2012 €40m
=77 Axel Witsel Benfica – Zenit 2012 €40m
=77 Fernandinho Shakhtar Donetsk – Manchester City 2013 €40m
=77 Federico Bernardeschi Fiorentina – Juventus 2017 €40m
=77 Paulinho Guangzhou Evergrande – Barcelona 2017 €40m
=77 Ederson Benfica – Manchester City 2017 €40m
88 David Luiz PSG – Chelsea 2016 €39.6m
89 Didier Drogba Marseille – Chelsea 2004 €39.5m
=90 Michy Batshuayi Marseille – Chelsea 2016 €39m
=90 Antonio Rudiger Roma – Chelsa 2017 €39m
=92 Michael Essien Lyon – Chelsea 2005 €38m
=92 Fernando Torres Atletico Madrid – Liverpool 2007 €38m
=92 Dimitar Berbatov Tottenham – Manchester United 2008 €38m
=92 Gonzalo Higuain Real Madrid – Napoli 2013 €38m
=92 Diego Costa Atletico Madrid – Chelsea 2014 €38m
=92 Eric Bailly Villarreal – Manchester United 2016 €38m
=92 Mats Hummels Borussia Dortmund – Bayern Munich 2016 €38m
=92 Andre Silva Porto – AC Milan 2017 €38m
=92 Alex Oxlade-Chamberlain Arsenal – Liverpool 2017 €38m

Kylian Mbappé est le joueur français le plus cher de l’Histoire avec son transfert à hauteur de 145M€ au PSG (plus 35M€ de bonus). Il devance Ousmane Dembélé et Paul Pogba à tous deux 105M€. Le Barça pourrait dépenser jusqu’à 40M€ de bonus supplémentaires et Manchester United cinq millions d’euros.

Zinedine Zidane, en passant de la Juventus au Real Madrid arrive au pied du podium (75M€), juste devant Aymeric Laporte, passé de Bilbao à Manchester City lors du mercato hivernal 2018 contre un chèque de 65M€.

Viennent ensuite Benjamin Mendy (58M€), Alexandre Lacazette et Eliaquim Mangala (tous deux 53M€). Anthony Martial a quant à lui coûté 50 millions d’euros à Manchester United, alors que 20 des 30 millions d’euros de bonus ont déjà été réglés car les clauses ont été atteintes. Enfin, le top 10 est complété par Tiémoué Bakayoko, ayant coûté 45 millions d’euros aux Blues de Chelsea.

 

Expected goals : définition, explications et exemples de cette statistique dans le foot

Les joueurs les adorent quand elles leurs sont favorables et les détestent lorsqu’ils sont en difficulté. Certains consultants aiment s’appuyer sur la froideur mathématique pour confirmer ou infirmer leurs impressions visuelles quand d’autres abhorrent la donnée brute. En réalité, les statistiques ne laissent personne indifférent. Elles ont inondé les clubs et les médias et les fournisseurs de données doivent sans cesse innover pour nourrir les « datavores ». Parmi les dernières nouveautés, les « expected goals ».

Souvent réduite en xG, cette statistique permet de mesurer la qualité d’une occasion de but. Comment ? En se basant sur un historique de plusieurs centaines de milliers de tirs et en multipliant les facteurs d’analyse : le but a-t-il été marqué de la tête ou du pied ? À quelle distance se situe le joueur au moment de la frappe ? Quel était l’angle de tir ? Autant d’éléments qui permettent de quantifier la probabilité qu’a un joueur de marquer un but. Les expected goals permettent de déterminer le pourcentage de chances qu’une occasion se termine en but et donc de vérifier les élocutions de type « il aurait dû marquer » et le non moins saillant « c’était plus dur de la mettre à côté que dedans ».

Voici quatre exemples de buts marqués, quatre situations avec leur valeur dite xG, allant de 0 à 1 et qui signifie que telle occasion à entre 0 et 100% de chances de finir par un but. Les statistiques ont été fournies par Opta.

> Exemple de but en Ligue 1 reprenant cette situation : Ivan Santini contre Lille.

> Exemple de but reprenant cette situation : Florenzi contre le Barça.

> Exemple de but en Ligue 1 reprenant cette situation : Malcom contre Lyon.

L’addition des données des expected goals permet également de déterminer les performances d’un joueur sur une période précise. Ainsi, depuis le début de la saison, il est aisé de voir les attaquants qui dépassent les attentes et ceux qui, à l’inverse, sous-performent. Nabil Fekir a inscrit 10 buts (penalties exclus), c’est le double de buts qu’un joueur moyen aurait mis (avec des xG de 4.83). Autrement dit, il a marqué plusieurs buts dits « difficiles » où la probabiité de scorer était assez faible, en témoigne notamment son but contre Bordeaux d’un lob de plus de 50 mètres. Falcao et Cavani possèdent également une valeur d’expected goals très positive. L’attaquant parisien ne rate donc pas autant d’occasions que ses détracteurs le laissent entendre.

Avec deux buts marqués chacun, Alassane Pléa et Adama Niane sont eux dans le dur. En effet, leurs xG affichent plus du double (4,51 pour le Niçois et 4.05 pour le Troyen), symbole d’un nombre assez conséquent d’occasions ratées. Kylian Mbappé et Florian Thauvin sont dans les standards de leurs expected goals avec 5 buts pour le Marseillais (xG : 5.43) et 4 réalisations pour le Parisien (xG : 4.83).

S’ils n’ont pas valeur de vérité absolue, les expected goals viennent s’ajouter à l’arsenal de statistiques dont disposent aujourd’hui les joueurs, entraineurs, journalistes et, par ricochet, les supporters. S’ils affichent encore des limites, ces xG sont amenés à se développer. Après les buts marqués, on pourra se pencher sur ceux encaissés, mais également sur les expected assists ou les expected saves pour les gardiens.

Des éléments encore à prendre en compte pour les xG :

  • Le pied fort vs le pied faible du tireur
  • La position du tireur par rapport au ballon notamment lors des cas de frappe en bout de course
  • Le type de pressing sur le tireur pour faire la différence entre un joueur sortant en courant et un autre passif (comme Verratti au Vélodrome sur le but de Luiz Gustavo)

Initialement publié sur Goal.com

Avant Totti, la Roma vivait pour Di Bartolomei dont le destin tragique s’est joué contre Liverpool

« Il a fait une erreur en se tirant une balle dans la tête. Il vaut mieux viser le cœur, c’est le seul moyen de mourir instantanément. » Cette phrase, de nombreuses personnes ont pu la dire un jour dans leur vie. Une de ces remarques stupides que l’on prononce sans vraiment réfléchir. Et puis, dans le cas d’Agostino Di Bartolomei, cette phrase prononcée à un ami s’est transformée en une macabre prémonition. Capitaine de la Roma dans les années 70 et 80, adulé par le peuple Giallorosso, le milieu de terrain italien a été tour à tour un élément indispensable de l’équipe, un joueur devenu indésirable et enfin un mythe laissé à l’abandon après la fin de sa carrière. Avant Totti, la Roma avait Di Bartolomei. Une légende 100% romaine, tifoso du club avant d’en devenir capitaine, après avoir fait ses gammes dans les équipes de jeunes. Sa fin tragique reste aujourd’hui dans toutes les mémoires sur les rives du Tibre. Et l’écho de ce souvenir douloureux est d’autant plus fort à la veille de ce Roma-Liverpool, une affiche ayant provoqué sa chute.

En ce lundi 30 mai 1994, Agostino Di Bartolomei nettoie son pistolet. Une habitude. Passionné par les armes à feu, il sort rarement sans cette sécurité, allant même jusqu’à l’exhiber dans le vestiaire de la Roma lorsqu’il était encore joueur. Il faut dire qu’à l’époque, l’Italie vit en plein chaos. Ce sont les années de plomb, des riches sont pris pour cible et de nombreuses personnalités italiennes vivent armées par peur du terrorisme. Les joueurs de foot n’échappent pas à la règle. Désormais à la retraite, Asgostino astique ses armes. Un passe-temps comme un autre dit-il.

Sauf que ce jour n’a rien de normal. Sur sa terrasse, Agostino Di Bartolomei prend en mains son Calibre 38 Smith & Wesson et se loge une balle en plein cœur. Il meurt sur le coup malgré les tentatives de secours de sa femme Marisa et d’un médecin. Rapidement, toute l’Italie cherche une réponse à ce geste fou. Est-ce la faillite de sa compagnie d’assurance lancée après sa carrière de footballeur ? Un déficit de quelques milliers d’euros pour un joueur ayant accumulé beaucoup d’argent dans sa carrière : la thèse ne tient pas. Et puis, les Italiens s’intéressent à cette date. Le 30 mai. Cette date a une résonance particulière. Il y a dix ans jour pour jour, la Roma, son club de cœur, s’inclinait en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions contre Liverpool, aux tirs au but et à domicile, au Stadio Olimpico.

« J’ai découvert en grandissant la cruauté de cette date. 10 ans jour pour jour après cette finale. Je me suis toujours dit et répété que non, tu n’avais pas pu penser à cela. Il y a trop de cruauté dans cette coïncidence. Peut-être que cette journée t’a donné cette idée folle. Comme cette dépression qui te conduit à faire un geste con. Comme cette faute dramatique en pleine surface de réparation qui aboutit à un penalty. Parce que Papa, moi je n’ai jamais cru et je ne veux pas croire que tu as pensé à une défaite lors de ce stupide match de foot avant de faire ce geste idiot. Devant la grandeur d’une vie, à l’amour d’une femme et de deux enfants, vraiment, qu’est ce que représentait ce match sinon une stupide rencontre de foot ? » – Luca Di Bartolomei, fils d’Agostino. L’Ultima Partita, éditions Fandango.

Pour seule réponse, sa femme trouvera une petite note laissée dans une poche de veste : « Je t’adore et j’adore nos splendides enfants mais je ne vois pas la fin du tunnel. » Mais de quel tunnel parle-t-il ? Parmi les pistes avancées, une après-carrière mal vécue avec un sentiment profond que le football – et encore plus douloureux la Roma – l’avait abandonné. Se séparer de ses légendes n’est pas donné à tout le monde et on mesure souvent la grandeur des dirigeants dans ces moments difficiles. Pour beaucoup de supporters giallorossi, le club avait été ingrat avec son ancien capitaine. Un sentiment encore présent aujourd’hui. La Roma l’a oublié. Ne restent aujourd’hui qu’amertume et souvenirs mêlant une immense joie et une infinie tristesse d’une bandiera tombée dans l’oubli et abandonnée lorsqu’elle avait le plus besoin d’aide.

Car Agostino Di Bartolomei était le symbole de tous ceux qui avaient eu un rêve en commun : porter les couleurs de la Roma et en être son capitaine. Représenter le club de la Louve sur tous les terrains italiens et jusque dans les moindres contrées européennes. Être la fierté de tout un peuple. Les élus sont peu nombreux. Ago était l’un d’eux.

Il rejoint la Roma en 1969 à l’âge de 14 ans. Un an auparavant, pourtant, il aurait pu rejoindre l’AC Milan. Alors qu’il évolue encore à l’OMI Roma, un petit club de la capitale italienne, le club lombard se fait pressant. Rapidement, les dirigeants milanais se mettent d’accord avec leurs homologues romains mais Agostino et sa famille refusent la destination. Colère des dirigeants locaux. Âgé de 13 ans, le jeune milieu de terrain est choqué par l’attitude de ses dirigeants et confessera bien plus tard qu’il avait l’impression à 13 ans seulement d’être une bête de foire que l’on s’arrache. Il est proche d’arrêter le football puis change finalement d’air et retrouve goût au foot. Il débarque un an plus tard chez les Giallorossi, non sans avoir refusé la Lazio « parce que c’était la Lazio » selon son père Franco, tifoso notoire de la Roma.

Il fait ses classes dans les équipes de jeunes et en 1975, alors qu’il impressionne comme capitaine dans l’équipe réserve, Agostino Di Bartolomei est envoyé en prêt en Serie B, à Vicenza, pour se faire les os. Un an plus tard, l’entraîneur adjoint du club vicencin dresse un portrait élogieux du milieu de terrain : « c’est un garçon en or, de peu de paroles, bien éduqué et équilibré. » D’aucuns le disent taiseux mais ses proches parlent d’une timidité s’effaçant dans l’intimité.

« Ce n’est pas vrai que le Romain est quelqu’un de joyeux, il est surtout triste car conscient de sa décadence, de l’époque où Rome dominait le Monde à aujourd’hui. » – Agostino Di Bartolomei.

C’est avec l’arrivée de Nils Liedholm, son mentor, que la carrière de Di Bartolomei prend un tournant. L’équipe monte en puissance et devient plus compétitive. Le club remporte deux coupes d’Italie consécutives (1980, 1981), retrouve la Coupe d’Europe et finit 7e, 2e puis 3e de Serie A.

En 1982, Nils Liedholm décide de faire reculer Di Bartolomei du poste de milieu de terrain à celui de libéro. Le « baron suédois » comme il était surnommé, souhaitait faire profiter de la technique et de la vision du jeu de son capitaine à toute l’équipe en phase de construction, un peu plus bas, pour manœuvrer plus facilement les adversaires. Tandis qu’en Italie, à l’époque, le poste de libero est occupé par des joueurs à qui on demande de dégager en vitesse, peu importe la zone visée, pour minimiser les risques, Liedholm choisit de mettre un technicien capable de trouver ses ailiers en une transversale majestueuse, de casser des lignes en une passe, et de venir faire le surnombre au milieu de terrain dans certaines situations. Le Suédois explique alors que « c’est en créant la supériorité que l’on gagne des matches. » La suite lui donne raison. Au terme d’une belle saison 1982-1983, la Roma remporte le deuxième scudetto de son histoire.

« En tant que libéro, il donnait un bon soutien au milieu de terrain. Di Bartolomei apportait une approche différente dans notre jeu offensif en plus d’être très efficace grâce à sa grosse frappe de balle. » – Nils Liedholm. Fotboll, Stjarnor och Vin, éditions Askelin & Hägglund.

Le club déjoue même les pronostics la saison suivante et atteint la finale de la C1. Le match se déroule au Stadio Olimpico. La Roma est donc à domicile. Après un score de parité (1-1) à la fin du temps réglementaire, les deux équipes doivent se départager aux tirs au but.

Mais lors de cette séance, l’entraîneur romain commet une erreur fondamentale. Tandis que Nicol, le premier tireur anglais, vient de rater sa tentative, et alors que Graziani, premier tireur désigné s’est déjà avancé vers le gardien adverse, le Suédois hurle à Di Bartolomei de prendre la place de son coéquipier. Le capitaine s’exécute, prend le ballon des mains de Graziani, s’avance, tire et marque. Liedholm veut prendre l’avantage psychologique rapidement sur les adversaires dans cette séance, d’où le changement après le premier raté anglais avec le choix du meilleur tireur romain. Mais, dans cet élan, il désavoue également Graziani, qui, quand son tour arrive, envoie le ballon au-dessus de la transversale, donnant à Kennedy l’occasion de marquer le sien et envoyer Liverpool au septième ciel. La Roma s’incline chez elle, aux tirs au but. Un destin cruel. Un match maudit.

« J’aurai préféré que Liverpool nous colle un net 2-0 et on n’aurait eu aucun regret. Alors que là, c’est une blessure qu’on aura en nous pour le reste de nos jours. » – Agostino Di Bartolomei

Quelques jours après cette finale perdue, la Roma remporte la Coupe d’Italie contre Vérone. Alors que son départ des Giallorossi est désormais connu de tous, les tifosi romains défendent leur capitaine face à la décision des dirigeants. Les banderoles fleurissent : « Ils t’ont enlevé la Roma, mais pas ton virage de supporters », « De nos cœurs s’élève un amour : allez Ago, soulève cette coupe pour nous » ou encore « Ce n’est pas un adieu, ciao champion ! »

En effet, lors de cette finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, Sven-Göran Eriksson se montre dans les tribunes. C’est un secret de polichinelle, l’ancien coach de l’IFK Göteborg et de Benfica va prendre la suite de Nils Liedholm qui rejoint l’AC Milan, le club de ses exploits de joueur au sein du fameux trio Gre-No-Li. Agostino Di Bartolomei ne rentre pas dans les plans du Suédois. Quitte à se passer de véritables champions, lui souhaite une équipe plus jeune, plus malléable et avec des jambes de feu. Avec sa lenteur caractéristique, le capitaine de la Roma sent le vent tourner. Si avec Liedholm, c’est le ballon qui court et les joueurs qui pensent, avec Eriksson, les joueurs doivent avoir une densité physique très élevée.

La séparation est douloureuse pour Agostino. Après 15 ans d’amour et de loyauté, le club n’est pas à la hauteur d’un tel dévouement. Le club ne lui annonce rien et le laisse devenir un joueur libre, en fin de contrat. Au lieu de demander des explications à ses dirigeants, à cause de sa fierté, le milieu de terrain italien préfère décrocher le téléphone pour étudier avec Liedholm la possibilité de le rejoindre à Milan. L’affaire est conclue en quelques jours.

Dans une interview au Corriere dello Sport au cœur de l’été 1984, le désormais ancien capitaine de la Roma revient sur son départ. « La Roma a été le plus beau moment de ma vie. Je sais, c’est une séparation amère et difficile. Rome, c’est ma ville. La Roma est mon équipe. Je pourrais dire tant de choses mais je ne suis pas un homme de polémiques. Je me trahirais moi-même. La correction et le style d’une personne se mesurent aussi dans des mots comme cela […] Je crois que je pars avec dignité. Je pars comme un champion, pas comme un homme défait. Et je ne veux surtout pas penser à ce moment où je devrai jouer contre la Roma… »

Il retrouve la Roma quelques mois plus tard à l’Olimpico avec le maillot milanais sur les épaules. Un véritable fiasco. Au coup de sifflet final, Graziani se jette sur Di Bartolomei et lui assène un coup de poing. Il raconte à la fin du match avoir vu son ancien capitaine donner un coup à Bruno Conti quelques instants plus tôt. Ce même Bruno Conti, amer, déclare aux journalistes : « Pendant le match, il m’a dit des choses qui ne m’ont pas plu. Au Milan, il continue de jouer comme il le faisait à la Roma : tranquille, serein, propre, sans une goutte de sueur à la fin des matches. »

La suite de la carrière de Di Bartolomei se complique. Son influence à Milan diminue et en 1987, il rejoint Cesena pour une seule saison, avant de signer à la Salernitana en 3e division italienne, afin de vivre dans la région d’origine de sa femme. Il raccroche les crampons en juin 1990. Commence alors sa deuxième vie d’homme, mais il garde un espoir : travailler pour la Roma. Mais les choses ne vont pas dans le bon sens.

« C’était un garçon avec un sens aigüe de la fierté : c’est pour cela qu’il ne m’avait jamais rien demandé. Mais un jour, alors que l’équipe traversait une mauvaise passe, il m’avait écrit une lettre pleine de conseils : sur la gestion du vestiaire et le travail psychologique à mener. J’ai beaucoup apprécié cette démarche. Et j’ai aussi découvert et compris son envie de travailler à la Roma. » – Franco Sensi, président de la Roma ayant pris ses fonctions en 1993, à l’annonce de la mort du joueur.

Peu après sa retraite, le club romain va jusqu’à nommer un ancien arbitre au poste de directeur général. En privé, Agostino s’émeut de cette décision alors que lui attend un signe de vie des dirigeants. Un énième rendez-vous raté avec son club de toujours. Une désillusion de plus.

Victime d’une fierté l’empêchant de réclamer quoi que ce soit à la Roma, à la sélection italienne ou à d’autres clubs, il multiplie néanmoins les contacts et les conseils, en espérant que l’on fera appel à lui un jour ou l’autre. En attendant, il pêche, s’occupe de ses armes et monte une école de foot à Castellabate, en Campanie. Avec ces jeunes footballeurs, il insiste sur l’éthique, leur demande d’aimer le football et de ne surtout pas prendre pour modèle les joueurs capricieux.

Jusqu’à ce lundi 30 mai 1994, donc. Cette fois, Di Bartolomei entrevoit le bout du tunnel, cette lumière qu’il cherchait tant de son vivant. Quelques heures après le drame, sa femme Marisa retrouve dans son agenda une photo de la Curva Sud, la tribune des supporters de la Roma. Derrière la photo, une écriture de la part de tifosi : « à notre grand ‘DiBa’ qui sera notre capitaine pour toujours. »

Agostino Di Bartolomei était plus qu’un joueur. Il était Romain et Romanista, un homme avec ses parts d’ombre et de lumière, un capitaine respecté pour son dévouement total et sincère. Sa vie de joueur, sa fin tragique et sa place dans l’environnement romain lui ont permis de trouver un écho dans la culture populaire de la capitale italienne. Des livres racontent son histoire, une chanson du célèbre auteur-supporter de la Roma, Antonello Venditti lui est dédiée, un film retrace son parcours, un terrain du centre d’entraînement de la Roma porte son nom et il a été l’un des premiers à entrer au sein du Hall of Fame lancé par le club en 2014.

Le club giallorosso organise également chaque année le Tournoi Agostino Di Bartolomei en sa mémoire. Lors de la première édition en 2014, de nombreux ultras de la Curva Sud avaient fait le déplacement à Trigoria*. Ils avaient accroché une banderole à la tribune du terrain principal qui récitait : « Une fleur pour chaque année d’absence, Ago vit dans nos têtes et dans nos cœurs. » Ils avaient ensuite accueilli l’ex-femme du joueur avec un bouquet de fleurs avant d’entonner un chant à sa gloire. Un moyen de ressusciter le joueur le temps d’une journée dédiée au football.

Le 2 juin 1994, trois jours après sa mort, son père Franco livrait ses sentiments sur sa disparition dans les colonnes d’Il Messaggero. Sur la même page du journal, dans un bref encadré, on pouvait y lire : « Super but de Totti, la Roma Primavera** gagne 9-0, il marque trois buts et délivre trois passes décisives. » Alors qu’une légende venait de disparaître tragiquement, une autre, encore inconnue, répétait déjà ses gammes.

* La Primavera, littéralement ‘le Printemps’ est l’équipe réserve d’un club professionnel italien, essentiellement composée de jeunes joueurs.
** Trigoria est le centre d’entraînement de la Roma.

[REPORTAGE] Auxerre, une formation à réinventer et un blason à redorer

C’est une belle endormie dont on attend aujourd’hui le réveil. Passée de la Ligue des champions à la survie en Ligue 2 en un peu plus de six ans, l’Association de la Jeunesse Auxerroise tente aujourd’hui le rebond. Les matches de légende sont certes bien loin. Les victoires historiques contre l’Ajax, les Rangers ou Arsenal, les scènes de joie dans la fontaine de Cadet Rousselle et les accueils chaleureux à l’aérodrome de Branches sont dans les mémoires collectives des supporters ajaïstes et témoignent d’un passé glorieux. Mais tout passé a d’abord été un espoir, une flamme, des sacrifices. C’est aujourd’hui, ce que promet la nouvelle direction de l’AJ Auxerre : du travail et de l’enthousiasme. Avec pour objectif, sur un projet à court et long terme, de retrouver l’élite et renouer avec sa réputation d’une équipe d’irréductibles icaunais bien difficile à déloger.

S’appuyer sur les vieilles recettes, les dépoussiérer et leur apporter une touche de modernité. C’est par ces mots que l’on pourrait résumer la stratégie de l’AJ Auxerre pour les années à venir. Afin de comprendre le projet du club, Goal s’est rendu au Stade de l’Abbé Deschamps la semaine dernière et a rencontré les principaux acteurs de cette stratégie, consistant à court terme à retrouver l’élite, et à long terme à retrouver un centre de formation viable, compétitif et premier fournisseur de forces vives pour les prochaines saisons.

DEUX SAISONS POUR REMONTER EN L1 ET REDORER LE BLASON DU CLUB

« La Champions League, je l’ai dit aux joueurs, c’était dans cette décennie, ce n’est pas si vieux. » Cette phrase signée du nouveau président de l’AJ Auxerre, Francis Graille, témoigne de la chute brutale qu’a connue le club. Adversaire du Real, de l’Ajax et de l’AC Milan, le club est passé des joutes européennes lors de la saison 2010-2011 à la peur de se retrouver en National l’année dernière. Alors, les nouveaux dirigeants ont décidé de tout changer pour repartir sur un nouveau projet. « On part vraiment de très bas, confirme le bras droit de James Zhou, le propriétaire chinois ayant racheté l’AJA en octobre 2016. Il y avait 4 titulaires sous contrat à la fin de la saison dernière, on a recruté 12 joueurs. On est dans la reconstruction. »

Pour réaliser cette tâche en un mois et demi, les dirigeants ont pu compter sous le soutien de James Zhou, via sa société ORG packaging. Le repreneur asiatique a décidé de ne pas renouveler la cure d’amincissement de l’ancien propriétaire où la réduction des coûts était devenue un leitmotiv, avec des conséquences catastrophiques sur le bilan sportif du club. Proche d’être relégué en fin de saison, le club a vu sa réserve descendre en Nationale 3 (ex-CFA 2) et son environnement se déliter dans une ambiance pesante où le passage de Viorel Moldovan sur le banc restera comme l’un des plus gros échecs depuis la descente en Ligue 2 (2012). L’investisseur chinois a ainsi injecté plus de 20 millions d’euros à ce jour dans le club bourguignon, alors que le plan initial prévoyait – outre le rachat estimé à 6 millions d’euros – un versement de 2 millions d’euros annuels sur trois ans. ORG Packaging s’affiche désormais partout à l’Abbé Deschamps : un message de bienvenue en chinois domine l’extérieur de la tribune d’honneur, tandis que des bâches publicitaires étaient en train d’être fixées en haut de la tribune de Vaux mercredi dernier.

« L’investissement d’ORG nous permet d’avoir un budget de 20 millions d’euros cette saison. C’est important et en même temps, l’AJA a des infrastructures de club de Ligue 1, un beau stade, un centre de formation onéreux qui a permis au club de vivre sur le trending de joueur, et tout ça c’est grâce à notre investisseur, confirme Graille. Sur la masse salariale, on est à un niveau moyen de Ligue 2, il faudra encore investir et Monsieur Zhou est parti sur cette perspective. On espère retrouver la Ligue 1 dans les deux années qui viennent. »

Le projet s’articule désormais autour de quatre hommes clés : Francis Graille, président du club, Cédric Daury, installé comme directeur sportif – une fonction qui n’existait pas à l’AJA –, Bernard David, de retour à la tête du centre de formation auxerrois après un passage de cinq ans à Saint-Etienne, et Francis Gillot, entraîneur de l’équipe-première. « On a essayé de mettre des bases solides. On a mis un vrai directeur sportif, un coach qui n’est pas venu que pour rester en L2, qui a pour ambition de retrouver la L1, et un recrutement avec de la qualité tout en ayant des joueurs sur le long terme qui étaient prêtés la saison passée et qu’on a réellement recrutés cette année (Yattara, Touré et Sané, ndlr). On va voir le rebond dès cette année », pronostique Francis Graille. Francis Gillot acquiesce : « Je pense qu’un projet nouveau nécessite une reconstruction d’effectif, car le groupe l’année dernière était en mal de confiance. Le fait de repartir de zéro avec un nouveau staff, de nouveaux joueurs, un nouveau président, un directeur sportif, un nouveau responsable de centre permet d’insuffler une nouvelle impulsion. »

Après un an et demi sans activité et son départ du Shanghai Shenhua, l’ancien entraîneur de Bordeaux, Lens et Sochaux, a replongé dans le projet auxerrois. Ambitieux mais patient, il met en garde contre un excès d’enthousiasme. « Les gens sont impatients, souffle Gillot. Dans les douze recrues, il y aura des garçons qui vont moins bien marcher, il y aura des échecs, donc il faudra ajuster la saison prochaine. Après cette année, on est là pour gagner des matches, si jamais il y a une bonne surprise en fin d’année, on ne va pas s’en priver, mais dans les deux ans, la montée est un délai correct. »

Le projet de l’AJA a su séduire les interlocuteurs après des années de friction entre les anciens propriétaires et l’association AJA qui détient une partie du capital du club. « A partir du moment où vous respectez les gens, ça se passe bien, confie Francis Graille, homme de consensus. Moi je respecte le passé, c’est l’ADN du club, je respecte tous ceux qui l’ont fait, sans Guy Roux il n’y aurait pas l’AJA. Maintenant, des choses ont changé et ont évolué, il suffit de bien l’expliquer dans le respect mutuel. Le climat est normalisé, tout le monde a envie qu’on réussisse. »

Les dirigeants ont gagné une première bataille : changer l’image de l’AJA, devenu au fil des années en Ligue 2 un club de passage, sans réelle vision stratégique de l’avenir. Francis Graille abonde dans ce sens : « Beaucoup de joueurs venaient se relancer sur une année à Auxerre. Là, non. Ils se sont engagés sur 3 ans (Yattara, Touré, Philippoteaux, Boucher…), ça veut dire que le projet leur a plu, que le discours des dirigeants et du coach leur plait. On fait tout pour que l’environnement soit à la hauteur avec une organisation rigoureuse et ambitieuse, tout en étant fidèle à Guy Roux, et en dépensant le moins d’argent possible. » Le passé est un marqueur à l’AJA et les références y sont toujours nombreuses.

UNE SAISON 2017-2018 PRÉPARÉE DANS L’URGENCE

Avec tout un effectif à reconstruire et quatre contrats professionnels seulement à la fin de la saison, tout l’état-major icaunais s’est mis en marche et a fait fonctionner les réseaux. Pas moins de douze joueurs sont arrivés et vont constituer le noyau dur de la nouvelle équipe. Après une préparation ponctuée de trois victoires, deux nuls et une défaite, Francis Gillot s’est dit très satisfait par le travail réalisé sur le recrutement. « Cédric Daury et le président ont fait un gros travail car trouver 12 joueurs n’est pas évident, affirme-t-il. On n’a pas eu beaucoup de regrets car on a eu les joueurs qu’on avait ciblés. Il y a trois joueurs qui sont arrivés un petit peu tard mais tout va rentrer dans l’ordre. »

« On avait un creux sur la pyramide des âges sur le créneau 23-29 ans, témoigne Cédric Daury. On avait des garçons très jeunes et d’autres très expérimentés. On voulait aussi doubler tous les postes et avoir plus de profils athlétiques. On avait la vitesse et la technique, mais on sait aussi qu’en Ligue 2 il faut du physique. » La première recrue et le premier fait d’arme du nouveau directeur sportif a été la prolongation de Zacharie Boucher. A 25 ans, le portier réunionnais avait des envies d’ailleurs la saison passée, mais a été motivé par le virage pris par le projet auxerrois. Désormais entraîné par Jérémie Janot, qui confie son bonheur de faire progresser au quotidien un portier de niveau « top 10 français », le cas Boucher a été un signal fort pour le reste du groupe. « Le meilleur des recrutements c’est de réussir à garder ses meilleurs éléments, confirme Daury. Cela donne une base de départs à laquelle on greffe des forces vives extérieures. C’était important de garder Zacharie mais aussi Mickaël Tacalfred qui a également prolongé. »

Parmi les douze joueurs recrutés figurent quelques « noms » : Romain Philippoteaux en provenance de Lorient, Birama Touré et Mohamed Yattara qui n’étaient que prêtés la saison passée par le Standard de Liège, Jordan Adéoti, libre après son départ de Caen ou encore Pierre-Yves Polomat, prêté par Saint-Etienne. L’effectif est de qualité et propose un mélange. C’est d’ailleurs le tryptique sur lequel compte s’appuyer l’AJ Auxerre dans les années à venir. « Il faut trouver le bon équilibre, tonne Daury. La vitrine de notre politique technique c’est l’équipe première, c’est la locomotive. On se doit d’avoir une locomotive qui avance bien et ne pas oublier de raccrocher les wagons à cette locomotive. On doit construire le groupe à travers un tiers de joueurs issus de la formation, un tiers de joueurs extérieurs, de la tranche 23-29 ans avec les dents longues et enfin un tiers de joueurs d’expérience. »

LA FORMATION, L’ADN DE L’AJA

La formation est un thème sensible à l’AJA. Le club a écrit les plus belles pages de son histoire avec un fort contingent de joueurs formés à Auxerre. Singé comme un « éleveur de champions » dans les années 2000, Guy Roux, grâce à l’excellent travail de Daniel Rolland, s’est toujours appuyé sur des joueurs du cru bourguignon. Les nouveaux dirigeants veulent poursuivre cette stratégie, la dépoussiérer et la moderniser. « L’AJA est un club formateur, avec 11 joueurs dans le groupe professionnel qui sont issus de notre centre », explique d’emblée Cédric Daury. Bien placé pour l’observer puisqu’il était l’entraîneur de l’équipe première la saison passée, le directeur sportif garde à l’esprit qu’avoir beaucoup de joueurs surclassés n’est pas gage de réussite. Lors du dernier exercice de Ligue 2, et par la force des choses – comprendre une baisse drastique des moyens – le club a fait monter de nombreux jeunes de la réserve avec des résultats contrastés, certains joueurs n’étant pas prêts à relever un tel challenge.

Pour éviter de retomber dans un tel travers, une véritable politique sportive est en train d’être instaurée à l’AJA, sous l’égide de Cédric Daury. « Le projet est très clairement défini, on veut redorer le blason de la formation », affirme le directeur sportif. Ce projet a été confié à Bernard David. Responsable du centre de formation entre 2000 et 2012, il avait rejoint l’AS Saint-Etienne lors de la descente en Ligue 2, avant de revenir cet été. « Je ne me voyais pas quitter Saint-Etienne, mais c’est vrai que le projet m’a plu et séduit », explique-t-il. La charge de travail est grande car si le club reste bien placé au classement des centres de formation français (6e en 2016, 8e en 2017), il n’a pas sorti de pépite depuis quelques années déjà. Le constat est là : depuis la vente de Paul-Georges Ntep en janvier 2014, aucun joueur formé à Auxerre n’a atteint le haut niveau. C’est un danger pour l’AJA tant le club reste tributaire des plus-values réalisées sur les joueurs formés, même si l’apport en capitaux d’ORG a permis de réduire la pression.

Avec la descente de la réserve en Nationale 3, l’objectif pourrait être la remontée immédiate, mais Bernard David souhaite détacher les résultats de l’axe de travail : « On va choisir l’épanouissement du joueur et sa progression. Ça ne sera pas de la « championite » […] Le mot d’ordre c’est la formation du joueur plus que le résultat. » L’équipe première doit pouvoir profiter du travail réalisé au centre de formation. C’est dans la suite logique des choses. Voir un jeune garçon arriver, le former, le modeler à travers des prestations avec la réserve avant de venir nourrir les ambitions sportives en Ligue 2. Le club a donc planché sur une politique sportive commune qui rapprocherait les deux entités. « Il y avait deux mondes, celui de la formation et celui du secteur professionnel, explique Francis Graille. On a raccordé la réserve au secteur pro, sous la direction de Francis Gillot. Il faut qu’il y ait une vraie continuité sportive. » Désormais, un groupe d’élite s’entraînera à côté des professionnels, en même temps qu’eux, avec les mêmes services médicaux. Bernard David en explique son fonctionnement : « On a constitué un groupe qu’on aurait pu appeler « Pro B » mais ça aurait été manquer d’humilité puisque tous ne le seront pas. Quand Francis Gillot en aura besoin, il les prendra. Ils sont à la porte du groupe professionnel mais n’y sont pas encore. »

La politique sportive menée par Cédric Daury prendra du temps à se matérialiser par des résultats. Le mot patience est dans toutes les bouches à l’Abbé Deschamps. Bernard David explique les principales idées qui seront mises en avant : « On veut instaurer 2-3 systèmes de jeu communs à toutes les équipes, des méthodologies, des sorties de balle identiques pour que l’on retrouve une identité AJA partout. Il y a des principes techniques qu’on va adopter. On va se voir tous les mardi avec les éducateurs pour recréer une dynamique et redorer le blason de l’AJA. » Cédric Daury renchérit : « Il faut être patient. On est déterminés. On va bosser, on va beaucoup travailler. On est très humbles parce que quand on sort d’une saison comme la nôtre, cela appelle l’humilité. Dans une reconstruction il y a des paliers et un projet ça se monte avec de l’humilité et de la patience. La logique est de lancer le jeune quand il est prêt. Chez un jeune, ce qui est difficile à avaler, c’est la redescente. Quand on l’amène dans le groupe professionnel, c’est qu’il doit être prêt à y jouer. Je veux du jeu, de l’enthousiasme avec des valeurs de respect et d’éthique, un groupe sain avec des joueurs engagés et ambitieux. C’est le message qu’on va donner à nos jeunes. »

Le choix de Francis Gillot n’est pas anodin. Passé par Lens et Sochaux, deux autres clubs formateurs, le technicien de 57 ans fait d’ailleurs instinctivement le parallèle avec son expérience dans le Doubs. « J’étais arrivé à Sochaux en cours de saison, j’avais du me référer à certains jeunes qui n’étaient pas encore prêts comme le petit Martin et Boudebouz, se remémore Gillot. Il faut être patient avec les jeunes, on sait que quand on les fait jouer, un défenseur va faire une petite erreur, les attaquants ne sont pas forcément buteurs, mais après, sur les deux saisons suivantes, ils seront performants. Ils se forgent une expérience et à Sochaux, on avait ensuite fini 5e de Ligue 1. »

Le technicien nordiste jure qu’il n’a aucune obligation de faire jouer des jeunes du centre de formation ni de pression liée à la feuille de route confiée par Francis Graille. Mais l’ADN de l’AJA l’y emmènera naturellement. « Le président ne m’oblige à rien, confirme-t-il. S’ils sont bons, naturellement ils vont venir avec les pros. À Sochaux et Lens, certains jeunes n’ont pas joué, parce qu’ils n’avaient pas le niveau. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi. On est tributaires des résultats. À partir du moment où il y a des jeunes prometteurs, c’est à nous de les intégrer petit à petit à l’effectif. » Encore et toujours cette notion de patience, omniprésente sur les rives de l’Yonne.

LA FORMATION PASSERA PAR LA CHINE

La société ORG Packaging ne s’en est jamais cachée. Si elle a investi dans un club français et plus particulièrement à Auxerre, c’est pour bénéficier de l’excellence de son centre de formation. Son représentant, James Zhou souhaite que ce travail auprès des jeunes joueurs profite au football de son pays. Cette volonté s’intégrera dans le projet de l’AJA à deux niveaux.

Le premier consiste à recevoir des jeunes joueurs chinois dans l’Yonne afin d’y parfaire leur post-formation. Francis Graille confirme cet axe de développement mais ne s’avance pas sur le calendrier : « Cela prendra sans doute un peu plus de temps que ce que Monsieur Zhou avait imaginé, car il y a des lois en France et on ne peut pas recevoir autant de joueurs chinois qu’on voudrait. Il y a déjà un premier joueur chinois qui est là en ce moment, à Auxerre, et qui devrait sans doute avoir un contrat pro dans peu de temps. On est en train d’établir les bases d’un vrai projet de formation, à travers ce savoir-faire, cette habitude, et c’est en quelque sorte ça qu’il a acheté avec Auxerre. »

Même son de cloche du côté de Cédric Daury, qui détaille un peu plus les relations qui uniront la Chine et l’AJA : « On est en train de travailler sur un projet pour la promotion de jeunes chinois qui viendraient chez nous, mais également pour travailler sur un pont très clair sur le plan technique, avec des écoles d’éducateurs, des écoles de foot, un centre de formation en commun, on réfléchit et on travaille. On veut créer ces échanges et cette force d’ambition mais aussi culturelle. » Selon Bernard David, le club bourguignon accueillera des enfants de tout âge, mais en particulier à partir de 17 ans, « puisqu’on aura droit de les faire jouer chez nous à partir de 18 ans. » Avec, toujours dans un coin de la tête, l’aspect économique. « Si parmi ceux-ci, il y en a un qui arrive à jouer en CFA, puis avec le groupe pro en Ligue 2, économiquement ça sera très intéressant pour eux, puisqu’il sera sûrement revendu à un club chinois, ce qui permettra d’en faire venir d’autres et faire connaître l’AJA, explique de manière très pédagogique le directeur du centre de formation. C’est un modèle économique. »

L’autre passerelle entre le football asiatique et le club auxerrois se matérialisera avec la construction d’un centre de formation international, juste à côté de celui de l’AJA. Il sera en lien avec le club puisque c’est le propriétaire ORG qui en assumera les coûts de construction. « Ça sera une école de formation internationale, qui sera forcément reliée à l’AJA, qui pourra bénéficier de nos infrastructures, et aura pour vocation de former des joueurs étrangers, en provenance principalement du continent asiatique, note Francis Graille. Les élèves suivront un cursus scolaire en même temps qu’une formation sportive. »

Après des années à naviguer à vue et à ressasser le passé sans vision claire de l’avenir, l’AJ Auxerre souhaite regagner la lumière. Poussé par un propriétaire ambitieux se comportant comme un véritable soutien économique, le club icaunais souhaite retrouver ses racines qui en ont fait l’un des clubs préférés des français grâce à des aventures européennes et un ADN identifiable grâce à ses jeunes pousses ayant enchanté l’Hexagone. Avec sa stratégie basée sur un centre de formation dépoussiéré, l’AJA doit aussi composer avec des impératifs : s’ouvrir à la volonté des hommes forts de la Chine de développer le football local. C’est à ce prix que les Ajaïstes ont été sauvés d’une impasse économique. Concilier les envies et les besoins d’une ville de 30 000 habitants et du pays le plus peuplé du monde, c’est le pari tenté par le club bourguignon. « Écrire l’histoire est une manière de se débarrasser du passé », énonçait Goethe. L’AJA a choisi une autre voie, celle de s’appuyer sur son histoire pour écrire son avenir.

Tous propos recueillis par Johann Crochet, à Auxerre.

Publié sur Goal.com

Francesco Totti était le dernier empereur de Rome

Dans la Rome Antique, l’empereur avait le droit de vie ou de mort sur les gladiateurs à travers un geste du pouce.

À défaut de l’avoir, à l’instar de ses illustres prédécesseurs, sur les hommes, Francesco Totti a longtemps eu le droit de vie ou de mort sur le jeu dans la capitale italienne. No Totti No Party annonce encore aujourd’hui une immuable banderole en Curva Sud, la plus fervente des tribunes de l’Olimpico, malgré le départ à la retraite de l’idole d’un peuple. C’est un constat logique. Pas de Totti, pas de fantaisie. Pas de Totti, pas de magie. Pas de Totti, pas de folie. Il est l’élément qui a lié passion du football et obligation de résultat. Celui qui a fait venir au stade des dizaines de milliers de spectateurs les soirs d’hiver. Il respirait le football, il sentait le football, il était le football.

Mes que un club dit-on en Catalogne au sujet du FC Barcelone. Bien plus qu’un club. À Rome l’adage pourrait bien être légèrement modifié pour personnifier et expliquer l’importance de Francesco Totti dans la sphère giallorossienne. Il était bien plus qu’un joueur. Il n’incarnait pas seulement la vie d’un footballeur ayant réussi, mais bien un club et une ville, une façon de voir le football et le vivre. Il était Romain avant d’être Italien. Cela lui a valu d’être sifflé sur tous les autres terrains italiens. Il a incarné son club et sa ville. Et sur le terrain, sa grandeur faisait peur aux adversaires. « Qu’ils me haïssent pourvus qu’ils me craignent », disait l’empereur Caligula. Totti était autant haï pour ce qu’il représente – dans l’affrontement Nord/Sud italien – que craint pour ses coups de génie.

Encore aujourd’hui, alors qu’il est passé du statut de joueur à celui de dirigeant, il est celui qui assure la filiation romaine dans un club contrôlé par des investisseurs américains. Il est toujours impensable de parler de la Roma sans évoquer Francesco Totti. Il suffit d’assister à un match à l’Olimpico pour voir que de nombreux regards se tournent désormais vers la tribune présidentielle afin de vérifier que celui que les tifosi continuent à appeler « Il Capitano » (le capitaine) est bien présent. Filmé en permanence par les caméras de télévision, il apparaît sur les écrans à chaque match. C’est une sécurité pour les supporters. Un moyen de se rassurer. S’il est là, c’est que la Roma tourne toujours dans le bon sens. C’est l’assurance de garder une certaine forme de romantisme dans un football qui en offre peu aujourd’hui, même si le club romain peut toujours compter sur Daniele De Rossi et Alessandro Florenzi pour perpétuer la tradition des joueurs-supporters.

Dompteur de balle, élégant technicien et redoutable finisseur, Francesco Totti avait comme joueur le charisme d’un leader sans pour autant prendre ce rôle trop à cœur. Il parlait peu et comptait ses mots dans le vestiaire. Sa seule présence suffisait à rassurer ses partenaires et à déstabiliser ses adversaires. Dans les rares prises de paroles de Francesco Totti, hors réactions entourant les matches, les mêmes mots revenaient : espoirs, illusions, fierté, amour, passion… On retrouve toute la sémantique du rêveur romantique, illustre passionné et amoureux de son club, de sa ville, qu’il n’aurait quitté pour rien au monde. Même lorsque les choses ont été compliquées. Comme lors de sa dernière saison comme joueur.

« J’ai reçu des offres des USA et des pays du Golfe. Ils m’auraient couvert d’Or, mais j’aurais ruiné 25 ans d’amour. »

Francesco Totti au Corriere della Sera, le 30 novembre 2017.

Il a été tour à tour le rêve de Florentino Perez, de Roman Abramovich (prêt à aligner 150 millions d’euros pour Totti et Emerson en 2003, selon Franco Baldini, ancien directeur sportif de la Roma, ndlr) et de Silvio Berlusconi, trois des plus puissants hommes dans le monde du foot, mais il a toujours refusé les trophées et l’argent pour vivre la passion et l’amour d’une vie. « Être champion avec la Roma, c’est comme gagner dix titres ailleurs », avait-il déclaré à ceux qui ne comprenaient pas sa fidélité à toute épreuve. De fait, il n’a gagné qu’un Scudetto mais il s’en accommode.

Son influence à Rome est immense. Homme au grand cœur, discret dans ses dons aux associations ou lors des manifestations de l’UNICEF, il est la personne la plus importante de la Cité éternelle. Certains coéquipiers avouent volontiers qu’il est plus grand que le Pape. D’un François à un autre, pendant que l’un enchaînait les bénédictions, l’autre multipliait les offrandes sur le gazon. Il inspirait ses coéquipiers et éclairait le jeu de son équipe. Totti était le guide. Quand rien n’allait, la Roma s’en remettait souvent à son capitaine, auteur de 250 buts en Serie A, tous inscrits sous le maillot Giallorosso.

Comme tous les artistes aux pieds d’or, il exprimait son football dans la plus grande simplicité. En une touche de balle, ses déviations étaient un modèle du genre. Ses ouvertures millimétrées également. A 40 ans, il cassait encore les lignes adverses avec une grande facilité. Qu’il ait été positionné sur l’aile gauche, comme numéro 10 ou comme attaquant de pointe, tout au long de sa carrière il n’a eu de cesse de participer au jeu. Sa libre interprétation du rôle de faux numéro 9 dans la Roma de Spalletti (2005-2009) a souligné sa grande intelligence tactique. Soulier d’Or européen en 2007 devant Van Nistelrooy, Milito et Ronaldinho, il a autant marqué les esprits pour ses buts que par son sens du collectif, de l’anticipation et des déplacements de ses coéquipiers.

Spectaculaire dans le jeu, Totti l’était également lorsqu’il s’agissait de faire trembler les filets adverses. De ses coups-francs surpuissants en lucarne aux reprises de volées précises, en passant par quelques cucchiai (cuillères en italien, sorte de lob ou balles fouettés, ndlr) du plus bel effet, les gardiens en ont vu de toutes les couleurs, les pires comme les meilleurs, à commencer par Gianluigi Buffon, ami et victime préférée de Totti avec 20 buts encaissés dans sa carrière. Le capitaine de la Roma réussissait à allier simplicité, talent naturel et efficacité avec le spectacle comme coefficient multiplicateur.

La Roma a eu la chance de toujours pouvoir compter sur son vivier, terreau fertile en promesses de demain et en capitaines de légende. De Giannini à Di Bartolomei, en passant par Conti, les joueurs exemplaires sont légion mais aucun n’aura fait résonner les noms du club et de cette ville dans le monde entier comme l’a fait Francesco Totti. De la Rome antique à nos jours, la grandeur de la Cité éternelle a toujours été incarnée et portée par un seul homme. Le dernier empereur de Rome fait honneur à ses prédécesseurs.

L’héritage est d’ailleurs lourd à porter. Francesco Totti a collectionné tous les records (nombre de matches avec la Roma, record du nombre de buts du club, 2e meilleur buteur de l’histoire de la Serie A, buteur lors de 23 saisons consécutives…) et a souvent attiré toutes les lumières. Le club doit désormais vivre sans lui sur le terrain. Le public doit également apprendre à faire sans son gladiateur. Avec ou sans lui, le public ne se comportait pas de la même façon. Certains tifosi venaient autant voir la Roma à l’Olimpico que Francesco Totti, un phénomène qui s’était amplifié ces dernières saisons, alors que sa retraite sportive approchait.

Infographie Francesco Totti Roma Goal

Sa retraite a été actée le 28 mai 2017, au stade Olympique de Rome, lors de la rencontre entre la Roma et le Genoa. 70 000 âmes avaient lutté pour obtenir le précieux sésame et entrer dans ce qui allait devenir le théâtre d’un des événements les plus émouvants de l’histoire du foot. L’adieu de tout un peuple à sa légende, à son Dieu.

Il y avait des gros barbus et Daniele De Rossi. Des adolescentes et Kostas Manolas. Des grands-mères et Stephan El Sharaawy. Des parents et leurs enfants. Mais aussi Francesco Totti, Ilary Totti et leurs trois enfants. Les larmes coulaient. Face à la crainte du jugement « pleurer pour du football, est-ce bien sérieux ? », certains tifosi tentaient tant bien que mal de contenir leur émotion. Puis, quand ils ont vu que tout le stade était en larmes, il n’y a plus eu aucune retenue.

 

La Roma venait de battre le Genoa (3-2) et s’assurait ainsi la deuxième place, qualificative directement en Ligue des champions. Mais les tifosi n’étaient pas venues pour ça. Il suffisait de voir le tour d’honneur des joueurs, avec femmes et enfants dans le désintérêt le plus total, alors que les dizaines de milliers de spectateurs avaient déjà usé leurs cordes vocales et versé toutes les larmes de leur corps pour Francesco Totti. Il était l’homme de la soirée, lui qui a réussi une dernière fois à remplir un stade de 70 000 places sur son seul nom. Dans les bus et les rues qui menaient au stade, tous les supporters étaient venus avec un maillot ou un tee-shirt célébrant leur idole. Des TOTTI 10 à la pelle pour une soirée unique.

Après une haie d’honneur, une remise de maillot symbolique par son président et un tour d’honneur interminable, Francesco Totti avait livré un discours d’une quinzaine de minutes. Touchant. Émouvant.

« Excusez-moi si je n’ai pas donné beaucoup d’interviews ces derniers mois, mais éteindre la lumière n’est pas facile. Maintenant j’ai peur. Cette fois, c’est moi qui ai besoin de vous, de votre chaleur, de ce dont vous avez toujours fait preuve à mon égard. Avec votre affection, j’arriverai à tourner la page et à me lancer dans une nouvelle aventure. Naître Romain et Romanista est un privilège. Être le capitaine de cette équipe a été un honneur. Je vous aime. »

Une dernière ovation plus tard, des centaines de milliers de larmes plus tard, le stade s’était vidé. À peine avaient-ils laissé le temps aux autres joueurs de terminer leur tour de terrain que les premiers supporters s’en allaient. Preuve s’il en est que s’il est de coutume de dire que le club est plus important que n’importe quel joueur, l’adage a son exception à Rome. Totti était grand.

Devenu dirigeant cet été, Francesco Totti vit le football autrement. Impliqué auprès de l’équipe première aux côtés d’Eusebio Di Francesco, il est également le bras droit de Monchi, le directeur sportif de la Roma et garde aussi un oeil sur le développement des jeunes. Là où tout était facile sur le terrain, l’ancien capitaine de la Roma se cherche encore dans sa nouvelle vie. Se consacrer à l’équipe première, à la direction sportive ou aux équipes de jeunes, le choix n’est pas clair. Il le confesse lui-même, il a « besoin de tout voir, tout essayer » avant de choisir sa voie.

Lorsqu’on lui a demandé, dans une interview au Corriere dela Sera, ce qui avait changé depuis cet été, sa réponse a été simple : « Tout ! Ma vie, mon état d’esprit, mon corps. L’impact de ce changement n’a pas été simple à gérer. J’ai demandé au club de pouvoir couper, pendant trois mois, pour mieux repartir. Je suis resté dans le milieu du football, c’est ma vie. C’est tout. »

Ce qui n’a pas changé, c’est l’amour que lui portent les supporters de la Roma. De nouvelles oeuvres de street art ont fait leur apparition sur les murs de la Cité Éternelle, il est inondé de messages d’affection sur les réseaux sociaux et il ne peut toujours pas se promener dans la ville au risque de déclencher une émeute. Rome laisse le sentiment d’une douce folie. La vie y est douce et agréable. Le climat est généreux, la mer n’est pas loin et les Romains savent profiter des choses simples que leur offre cette ville. L’empreinte du passé glorieux n’est jamais très loin, les caractères sont affirmés et les rêves nombreux, d’où parfois, une impression de sage mélancolie. Totti représentait et continue de représenter tout cela. Avancer dans sa vie d’homme et écrire une nouvelle histoire avec les certitudes du passé, c’est désormais le nouveau défi de Francesco Totti. Le dernier héros romantique du football moderne n’a pas fini de nous surprendre.

Publié sur Goal.com